lundi 23 juillet 2007

Que vivà la Renovacion!

Depuis le 6 mai, le PS est un rassemblement d'âmes en peine: une horde de spectres écervelés errant sur un chantier embrumé, qui un marteau, qui une scie ou une perceuse à la main, cherchant dans le plus grand désordre une tâche de construction qui ait un quelconque sens. Mais une terrible malédiction pèse sur ces ectoplasmes: quoiqu'ils puissent entreprendre, leur action est vouée à l'échec. En effet Sauronzy, le Seigneur des Arnaud, a définitivement gagné la guerre de la Terre-du-Milieu-de-l'Europe. Il doit sa victoire à une arme qu'il a patiemment forgée du fond de son repaire de Neuilly-sur-Mordor: l'idéologie.
En forçant un peu (oh, à peine), c'est le tableau que l'on voit émerger si l'on s'efforce de résumer le tumulte médiatique de ces deux derniers mois. Ainsi la victoire de Sarkozy le 6 mai serait due à la mise en oeuvre efficace d'un "logiciel" (ça c'est l'expression à la mode, vous avez remarqué? On parle de "logiciel" à propos de tout et de rien, surtout de rien) politique qui aurait tout balayé sur son passage. Même victorieux, ledit "logiciel" continue d'agir contre ses adversaires: après avoir poussé un Besson à la trahison (quoiqu'il n'ait pas fallu le pousser bien fort, celui-là), vas-y que je t'embauche un Kouchner, et que je te case un DSK par-ci, un Lang par-là, j'en oublie... c'est plus un "logiciel", c'est carrément un virus. Résultat, donc, un PS qui, médiatiquement parlant, ressemble à un village tchétchène après un passage d'hélicoptères de la Fédération de Russie.
Cependant, il faut le reconnaître, les médias ne font ici qu'amplifier, sublimer une réalité. Quelle est-elle, cette réalité? Pour l'essentiel une campagne présidentielle que le PS et sa candidate ont singulièrement ratée. Du côté de Ségolène Royal, sa popularité, qu'elle rêvait quasi- transcendante, l'a laissée croire qu'elle pouvait se dispenser de tâches aussi triviales que bosser ses anti-sèches et être ponctuelle à ses rendez-vous avec les journalistes. Comportement encouragé par des conseillers qui oublient que Monsieur- ou Madame-tout-le-monde ont autre chose à foutre dans la vie que de se connecter sur http://www.désirsdavenir.org/, quand ils n'ont pas bien compris des messages subliminaux comme "tout se tient" ou "donnant-donnant". Du côté du PS, une cacophonie entretenue par des aigris de toute sorte, une logorrhée de "commentaires-sur-les-commentaires", où l'imbécillité tactique le disputait au machisme. Le tout s'articulant autour d'un programme présidentiel où la chèvre, le chou, le crottin de chavignol et la potée au lard étaient savamment ménagés. Mais quelles qu'aient pu en être les ambiguïtés, programme il y avait, malgré tout. Le truc, c'est qu'à aucun moment la candidate n'a vraiment donné l'impression d'avancer grâce à ce qu'il pouvait contenir. On peut être une bonne conductrice et disposer d'une voiture avec une motorisation correcte: sans embrayage, les accélérations font beaucoup de bruit mais ne mènent le véhicule nulle part.
Campagne ratée et "crise de leadership" qui en découle, certes. Peut-on pour autant parler comme on le fait ces jours-ci de "défaite idéologique"? C'est à mon avis faire grand cas de la pensée Sarkozienne que de la qualifier d"'idéologie". Je n'y vois qu'un salmigondis de pulsions libérales et d'élans Colbertistes, le tout mâtiné de moralisme et d'autoritarisme. Sans oublier le "coup de menton" bien franchouillard. Mais ce fatras bourré de contradictions est communiqué avec talent, et çà marche.
"Idéologie" ou pas, le système Sarkozien est là, et bien là: je ne suis pas le dernier à ricaner de cette "hyperprésidence" (voir article précédent), mais cette mécanique est trop bien huilée, le ridicule ne la tuera pas. Cela ne doit pas nous empêcher de montrer du doigt l'avalanche d'impostures que ce président et ses faire-valoir nous donnent à voir quotidiennement. Mais en parallèle doit se construire une alternative, et on en vient tout naturellement à une autre tarte à la crème du moment: la "rénovation" du PS.
Rénovons, donc. Disons-le tout de suite: çà va être dur, tant s'entrechoquent la satellisation de l'une ("ce mouvement ne doit pas s'arrêter, je suis prête"), le formalisme de l'autre ("on en reparle lors du congrès de 2008") et les ambitions à peine dissimulées de tout le monde. En admettant cependant que les problèmes de casting soient secondaires (ahem!), voici quelques pistes de clarification du "logiciel" qu'il me semblerait judicieux de creuser:
  • L' "Entreprise" avec un grand "E", c'est comme "le Salarié", "la Ville", "la Campagne", çà n'existe pas. Il y a des entreprises, des salariés. Rénover le PS, c'est affirmer une fois pour toutes que l'économie de marché est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres, et que ceux qui rêvent de "rupture avec le capitalisme" n'ont rien à y foutre. Mais que si le profit est un des moteurs de l'économie, il n'est pas le seul et n'en est certainement pas la finalité. Rénover le PS, ce n'est pas vouloir "réconcilier les français avec l'Entreprise", c'est tout d'abord vouloir que les entreprises soient "réconciliées" avec l'intérêt commun, par la négociation si possible, par la régulation si nécessaire
  • La dépense publique n'est pas un gros mot, mais le gâchis du bien commun est un désastre. Rénover le PS, c'est lui faire tenir un discours clair par rapport aux bataillons syndicalisés des grands services publics: le maintien des "moyens" et des "effectifs" tout en assurant des rémunérations et des évolutions de carrières décentes passe par une remise à plat des pratiques et des organisations du travail lorsque celles-ci ne remplissent pas leurs missions
  • L'Europe fut naguère une belle idée, ce n'est pas pour rien que Gaullistes et Communistes s'y opposèrent. Désormais cependant il s'agit d'un "machin" à vingt-sept pays dont l'obsession explicite - et le plus petit commun dénominateur - est la dérégulation sociale et financière au nom d'une "concurrence libre et non-faussée", aspiration aussi bénéfique et réaliste que la "société sans classe". Rénover le PS, ça consisterait à ce qu'il prône ouvertement une "Europe à deux vitesses" - les nations souhaitant renforcer leur intégration politique, et les autres. Rénover le PS, ça consisterait à attaquer de facon frontale le soubassement idéologique dérégulateur, avec l'aide du SPD, du PSOE, etc...
  • L'abstention aux législatives le prouve: la crise de la représentation perdure. Rénover le PS, c'est en faire l'adversaire du cumul des mandats, n'en déplaise à quelques caciques députés-maires-conseillers généraux-présidents-de-communautés-de-communes

Bon, je vais m'arrêter là pour l'instant. On pourrait aussi parler d'écologie, de politique étrangère... Les sujets ne manquent pas, qui permettraient de voir au delà de l'écran de fumée Sarkozien, et de se sentir mieux.

Encore faudrait-il que cesse au plus vite la valse des pantins qui ne souhaitent rénover que leur carrière. Et là, c'est pas gagné.

A bientôt

dimanche 15 juillet 2007

Extension du domaine de la flûte

On parlait, jusqu'il y a peu, d'un concept très particulier, nullement inscrit dans la Constitution française mais pratiqué avec constance de De Gaulle à Chirac: le "domaine réservé du Président de la République". On entendait par là les grandes initiatives prises en matière de Politique Etrangère et de Défense d'une part, les magouilles barbouzo-économiques de la politique Africaine d'autre part. Au-delà de ces "champs" jalousement gardés, le Président se faisait volontiers rare et discret.

Nicolas Sarkozy, jusqu'en 2002, se contentait de jouer du pipeau dans les Hauts-de-Seine, mais s'arrangeait déjà pour que sa musique se fasse entendre jusqu'à l'Elysée. Puis vint sa nomination Place Beauvau où, comme Ministre de l'Intérieur, il couvrit de facon tonitruante les vagues sons qu'aurait éventuellement pu émettre, par exemple, son collègue Garde des Sceaux, Dominique Perben. Idem à l'Economie, puis de nouveau à l'Intérieur: pour une raison ou pour une autre, il fit en sorte qu'on le consultât à peu près sur tout et n'importe quoi. Il est vrai qu'il était déjà en campagne pour l'élection présidentielle.
En campagne, donc, Nicolas Sarkozy avait des idées sur tout (il avait surtout des idées, aurait dit Coluche) et n'aimait rien tant que les partager. Ça tombait bien, une grande majorité de journalistes n'attendait que ça, interviewer Sarkozy pour savoir ce qu'il pense: de la situation au Proche-Orient, du clônage thérapeutique, des ongles incarnés, du réchauffement climatique, de la dernière collection de Karl Lagerfeld, du SMIC, de la vivisection, des parachutes dorés, de la proportionnelle, du rap, de la dissuasion nucléaire, du Festival d'Avignon ... Quel que soit le sujet, Nicolas avait une réponse, c'est qui était bien. Mais bon, c'était une campagne électorale, la logique et la tradition historique eussent voulu qu'une fois adoubé, le Président prît "de la hauteur".

Que nenni, j't'en fous, oui.



Nicolas Sarkozy, une fois élu Président, s'avère être Ministre de tout (ci-dessous une photo du gouvernement en place, qu'un de mes lecteurs a bien voulu me faire parvenir), Député, Préfet et Sénateur de partout . A un journaliste qui lui dit: "Vous vous occupez de tout", il répond: "Les français ne m'ont pas élu pour que je ne m'occupe de rien". Là-dessus, le journaliste en question aurait pu rebondir en objectant qu'entre tout et rien, il y a ce qu'on appelle un "nice average" dans le monde anglo-saxon. Mais dans la France d'aujourd'hui, le journaliste objecte peu, surtout avec Nicolas Sarkozy: il se contente d'enregistrer la réponse à une question que, parfois, on lui aura suggérée. Réponse enregistrée, donc, sans autre commentaire. Nous voilà flanqués d'un Président omnipotent, omniscient, s'assurant qu'on le voit traiter l'intégralité des questions. De l'Europe aux institutions, en passant par l'économique et le social, le Président est partout, complaisamment relayé par des médias amis et/ou fascinés. A tel point qu'on finit par s'interroger sur l'utilité, par exemple, de Christine Lagarde, ministre de l'Economie et des Finances: lorsqu'on lui demande à quoi peuvent bien être utiles les allègements fiscaux (13 milliards d'Euros, une paille) consentis aux foyers les plus riches, elle répond, en substance, que la disparition de ces charges va encourager l'initiative, l'investissement, et donc relancer la croissance. En est-elle convaincue? Certainement pas davantage que la plupart des économistes un peu sérieux. Oui mais voilà: ces mesures étaient prévues dans le Programme-de-Nicolas-Sarkozy-qui-fait-ce-qu'il-a-dit-qu'il-ferait. Dès lors c'est bon pour l'économie et l'emploi, forcément. Christine Lagarde n'est là que pour redire aux médias, avec ses mots à elle, ce que le candidat a pu dire en campagne. Sa véritable valeur ajoutée, c'est que pendant qu'elle assure ce service après-vente façon centre d'appel (relecture de la notice), Sarkozy peut parler d'autre chose à un autre endroit.

Ce comportement Sarkozien, qui consiste à penser, décider et parler en lieu place de ses subordonnés, n'a rien d'inédit. Dans les grandes entreprises, on appelle çà le "défaut de délégation": en gros, c'est lorsque le Directeur ou le Manager d'un département, d'une unité, manifeste si peu de confiance dans son équipe qu'il/elle en vient à se mettre en avant quel que soit le sujet: c'est en général un dysfonctionnement grave, susceptible de fortement démotiver les collaborateurs et, partant, d'affecter sérieusement la gestion de l'entreprise. A ce titre, l'appel quasi-compulsif à des personnalités du PS (l'"ouverture") n'est rien d'autre qu'un message de dénigrement adressé par Sarkozy à ses troupes: "Vous êtes décidément trop cons, je vais devoir recruter chez la concurrence". Tout ça pour dire que si Sarkozy entend faire preuve de modernité en montrant qu'il gère son gouvernement et, au delà, le pays, comme un dirigeant d'entreprise (pour autant, soit dit en passant, que la gestion d'entreprise soit une forme "moderne" du pouvoir), le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas compris grand-chose aux règles de base du "management".

Mais nous sommes en France, en 2007: après 14 ans d'évanescence mitterrandienne et 12 ans de je-m'en-foutisme chiraquien, un Président hyperactif laisse accroire que "quelque chose change", c'est la fameuse rupture. Dès lors ledit Président bénéficie d'un "état de grâce" qui, j'en ai peur, va durer un bon moment. D'autant que la plupart des médias "suivent": même ceux de gauche ne peuvent s'empêcher de gloser sur cette ubiquité de Sarkozy. Et, de facto, la renforcer, tant l'écho médiatique a cette aptitude à devenir un fait en soi. La bobine du Président partout, ses mots et ses actes sur toutes les pages et tous les écrans: au Bélarus, en Ouzbekistan ou au Venezuela, on appellerait "le culte de la personnalité", et on s'en lamenterait. En France, on appelle ça "talents de communication", et on trouve ça bien.

Le joueur de flûte de Neuilly-sur-Seine, alignant les mélodies, se contentait naguère de faire danser les hommes et femmes politiques de Droite. Il entend désormais faire valser un pays tout entier, le nouveau "domaine réservé" du Président. Vous avez le droit de rester assis.



Tchao.

mardi 19 juin 2007

Ruptures

Cela s’est passé dimanche, lors de la soirée électorale. Le débat ronronnait un peu, rien que du très classique (« Il faut entendre le message que nous ont envoyé les français ») lorsqu’est tombée l’effarante nouvelle. Après des années d’une relation somme toute fructueuse et très médiatisée, elle le plaque brutalement. La nouvelle laisse les débatteurs abasourdis : « Pourquoi maintenant ? ». Tandis qu’elle prospérait, offrant un visage résolument moderne, il avait su se garder des multiples poignards que ses amis destinaient à son dos, qu’il se trouve avoir large. Leurs chemins s’étaient parfois séparés, mais leur attachement l'un à l'autre semblait indestructible. Pourtant, dimanche soir, il a bien fallu se rendre à l’évidence: la ville de Bordeaux a largué Alain Juppé.
Soirée de rupture, donc, que celle de ce dimanche 17 juin, qui a vu « le meilleur d’entre eux » mordre la poussière en son fief, tandis que la déferlante annoncée de députés Sarkozystes s’est avérée n’être qu’une reconduction de la majorité actuelle, ni plus ni moins. Enfin plutôt moins que plus sur un plan arithmétique, faut admettre.

Cette grande houle océanique qui se transforme en clapotis méditerranéen m'inspire a priori deux séries de remarques:
  • Sur les sondages et leur usage, tout d'abord. Les habitués de ce blog s’en souviennent peut-être, j’avais fustigé ici-même les carambouilles méthodologiques dont usent et abusent les instituts de sondage quand ils prétendent mesurer « l’opinion ». Pour ce qui est de la présidentielle, même si leurs estimations se sont avérées plutôt proches de la réalité en ce qui concerne les « petits » candidats, les variations enregistrées lors des différentes vagues d’enquête et surtout l’interprétation qu’en ont fait les uns et les autres ont relevé de la pure spéculation, voire de la manipulation. Toujours est-il que si une élection présidentielle (un seul scrutin, des options identifiables) autorise en soi l’exercice consistant à simuler un choix auprès d’un échantillon national d’un millier de personnes, appliquer une méthode similaire pour anticiper les résultats d’une élection législative (577 scrutins), c’est tout simplement une imposture intellectuelle. Et lorsque, par-dessus le marché, on déduit de ces mesures des « projections en sièges », on se fout ouvertement de la gueule du monde. Mais cela n’a pas empêché les médiateurs de tout poil de nous marteler, et ce dès le 7 mai, que les sondages « annonçaient » une inéluctable Sakozysation de l’hémicycle. Pour le premier tour, cette prophétie s’est dans une certaine mesure avérée auto-réalisatrice, décourageant sans doute une bonne partie de l’électorat de gauche. Pour le second, il semble bien qu’on ait assisté au phénomène inverse: les abstentionnistes, toujours aussi nombreux, ne furent pas les mêmes. Ainsi des électeurs de droite, gavés durant toute une semaine, comme tout un chacun, d’éditoriaux et de reportages sur la « vague » à venir, ont cette fois jugé inutile de se déplacer. D’où la « surprise » de dimanche soir, notamment pour la petite clique médiatico-sondagière, dont on se demande si elle prend ses désirs pour la réalité, ou si l'intelligence de la réalité est devenue étrangère à ses désirs. Quoiqu'il en soit elle s'accorde le droit exclusif de s’en faire l’interprète, a défaut du prophète : "Fondé sur des informations lapidaires et erronées, il semble que mon discours ait quelque peu biaisé votre jugement. Mais qu'à cela ne tienne, laissez-moi maintenant vous expliquer ce qu'au fond vous avez voulu dire". Tels des commerçants fauchés, les médias audiovisuels pourvoyeurs de "réel" et leurs grossistes en statistiques "représentatives" sont brutalement tombés, ce soir-là, en rupture de stock
  • Sur la profondeur et la durabilité de la rupture Sarkozyste, ensuite. L'événement qu'a constitué le scrutin du 6 Mai a pu être interprété comme signalant un triple renouvellement: renouvellement politique (53% pour que "tout devienne possible"), renouvellement démocratique (une participation record), renouvellement de la Droite elle-même, enfin, celle-ci ayant su construire un corpus d'idées cohérent, déclinant dans tous les domaines le primat de la responsabilité et du succès individuels. Par contraste, le PS est tout au long de ces semaines apparu comme complètement encalminé dans un débat interne inachevé, doublé d'une crise flagrante de leadership. A quoi, cerise sur le gâteau, est venue s'ajouter l'"affaire" du couple Royal-Hollande, que des journalistes "politiques" ont jugé utile d'intégrer dans l'équation. Dès lors l'affaire semblait pliée: ce n'était plus de l'élection d'un Parlement qu'il s'agissait, mais du réglage technique d'un studio d'enregistrement. Oui mais voilà: intoxication sondagière ou pas, il aura suffi qu'un éclairage un peu cru (merci Fabius, bravo Fillon, chapeau Borloo) soit porté sur une des idées traînant sur la table du gouvernement - la désormais fameuse TVA "sociale"- pour que le véhicule rutilant de la rupture, lancé depuis des mois voire des années à pleine vitesse, commence à cahoter. Oh ce n'est pas encore la sortie de route, loin s'en faut. Et puis l'exploitation de la faille par des dirigeants du PS enfin audibles a pris des allures un peu Tartufiennes, ladite TVA ayant naguère pu être remarquée ici et là dans les cartons des socialistes. Mais la preuve est faite qu'il y a des limites aux résultats politiques de l'agitation et de l'ubiquité Sarkozyenne, fût-elle relayée en boucle par la quasi-totalité des télévisions, l'Express, Le Point et Paris-Match. Des limites comme les craintes sur le pouvoir d'achat, par exemple. Des limites comme une indifférence polie à l'égard du bouclier fiscal à 50%, mesure dont l'urgence et le caractère vital pour la création d'emplois sont difficiles à saisir, quand on n'est ni rocker belge ni fabricant d'avions de chasse. Cet endiguement ne constitue pas une alternative politique en soi. C'est en tout cas un début.

Celà étant, à ce jour, le PS a élargi et renouvelé son groupe parlementaire à l'assemblée, pas ses propositions. Et la seule clarification tangible en termes d'"image" qu'il nous soit aujourd'hui donnée à voir est celle de la situation entre François Hollande et Ségolène Royal. Mais cette rupture est à mes yeux moins signifiante que celle en train de s'opérer, lentement mais sûrement, entre les délires de l'hôte de l'Elysée et ce truc très chiant, là, comment çà s'appelle déjà, ah oui, çà me revient: le réel.

A bientôt

lundi 11 juin 2007

Paint it Black

Au vu des commentaires que j'ai pu glaner ici et là en ce lendemain de premier tour des législatives, je m'engage solennellement à bannir de ces lignes les expressions "vague/déferlante/tsunami bleu(e)". Par souci d'originalité, bien sûr: si mes lecteurs et lectrices ne retrouvent ici que du copier-coller de leurs médias habituels, ils vont vite se lasser. Mais aussi et surtout parce que je perçois, derrière derrière cette "colorisation" de la chose politique un mélange de paresse intellectuelle et d'expression euphémique du réel, en clair et pour parler crûment, une astuce pour cacher la merde au chat.
Souvenez-vous, c'était il y a cinq ans: Juppé cherchait un nom pour son "machin", à savoir la fusion du RPR et des différentes familles qui composaient l'UDF à l'époque. Voilà qu'un beau matin on entend à la radio qu'un des résultats des intenses cogitations en cours, c'était d'appeler çà "La Maison Bleue". Normalement, cette proposition n'aurait jamais dû "sortir" dans les médias, tant le grotesque de l'idée frisait le canular. Mais non: "les cons, ça ose tout, c'est même à çà qu'on les reconnaît", disait Michel Audiard. Alain Juppé s'empressa d'expliquer doctement qu'il trouvait l'expression sympathique... Jusqu'à ce que quelqu'un lui rappelle que l'image evoquait une chanson aux accents hippies, truffée d'allusions à des valeurs un tantinet éloignées de l'exaltation béate de la performance économique. Bref, un truc de soixante-huitard. Oups, rétro-pédalage immédiat du Juppé, qui se rabat sur l'UMP que nous connaissons tous. Union pour une Majorité Présidentielle ou pour un Mouvement Populaire, on s'en fout un peu, ça ne veut pas dire grand-chose, à tout le moins on évite de désespérer Neuilly-Auteuil-Passy.
Cependant le pli était pris: désormais on userait volontiers du bleu pour symboliser la Droite, par contraste avec le drapeau rouge des néo- et paléo-bolchéviques, la rose des Socialistes, etc... Outre le côté pratique pour les infographistes de la télévision en cas de soirée électorale, cette "colorisation" présente, nous y revoilà, l'indéniable avantage d'éviter le substantif "Droite", susceptible de susciter des freins parmi un nombre certain d'électeurs - même si l'air du temps a depuis longtemps dédramatisé la chose. Jusqu'en 1981 la Droite se désignait elle-même par le terme de "majorité", ensuite forcément elle devint l'"opposition" puis de nouveau "la majorité", il semblerait qu'aujourd'hui il convienne de parler de "mouvement bleu". C'est sympa le bleu, ça connote le ciel, la mer, la fraîcheur, la sérénité, la liberté...
Pas de quoi en faire un plat, me direz-vous: dans le même registre, le MoDem (à bas débit: ni droite, ni gauche, ni électeurs, finalement) de François Bayrou a opté pour l'orange, histoire de se différencier visuellement des copains, et tout le monde trouve ça normal. Après tout l'époque est à la "communication", avec tout ce que cela suppose de raccourcis sémantiques: il faut faire rapide et simple, surtout ne pas trop mobiliser le cerveau, des fois qu'il n'en reste pas d'espace disponible pour Coca-Cola...
Mais l'usage jusqu'à l'écoeurement de l'expression "vague bleue"dans les médias, ces dernières vingt-quatre heures, est également à mes yeux un autre symptôme de la spectaculaire carabistouille que Sarkozy et ses affidés nous servent depuis le 6 Mai: plutôt que d'admettre qu'une vision de la société l'a emporté contre une autre, on nous sort implicitement la fable du consensus. Plutôt que de laisser accroire que des alternatives et donc une alternance sont envisageables, on cherche à nous embobiner dans l'illusion d'un rassemblement des bonnes volontés - l'"ouverture" - rassemblement auquel il serait inconvenant de s'opposer.
Il est vrai que le PS, par les temps qui courent, ressemble autant à une alternative politique crédible que les camps de réfugiés du Darfour à des colonies de vacances. Il n'empêche que tôt ou tard se dessinera de façon explicite un projet social-démocrate décomplexé - et, souhaitons-le, cohérent et attractif - qui à ce jour n'apparaît qu'en filigrane.
Alors qu'on nous lâche un peu la grappe avec cette "vague" dont la couleur serait inoffensive, parlons plutôt d'un bruyant défilé de godillots qui s'apprête à voter, au garde-à-vous et en quelques semaines, une rafale de lois qui sont tout sauf consensuelles, on ne devrait pas tarder à s'en apercevoir.
Il paraît qu'il y a un deuxième tour dimanche prochain, vous êtes au courant? Je vous dis çà parce qu'apparemment 39,5% des électeurs ont oublié qu'il y en avait un premier prévu pour hier. Parmi eux, selon toute vraisemblance, un bon paquet d'électeurs de Gauche, qui, du coup, auront bien vite le sentiment de s'être fait avoir en silence. Comme des bleus.
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La France-Sarko s'embrume, la France-Sarko s'embrume
La France-Sarko
Ou étiez vous?
A jouer du luth?
Cécilia
N'attendait qu'cà
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A bientôt!

dimanche 10 juin 2007

Cliquez ici --> Nazdarovie / Pas vu à la télé

Un petit bijou dégotté sur YouTube, via "Le Monde.fr": Sarko attaquant une conférence de presse suite à un "entretien" avec Poutine lors du sommet du G8. Evidemment, le journaliste qui aurait diffusé çà à la télé française serait déjà en train de pointer à l'ANPE... Vive la libre Belgique, donc.

Enjoy.