Un Breton né à Paris, ayant son foyer en Suisse mais expatrié temporairement au Maroc, qui se mêle de ce qui vous regarde. Sans logique aucune, en toute subjectivité.
jeudi 9 août 2007
Bidouillé in China
samedi 28 juillet 2007
Des mamours à Mouammar
Prenez quelqu'un comme Mouammar Kadhafi, par exemple. Sa responsabilité - ou celle de son régime, ce qui revient au même - est patente dans des attentats contre des avions civils - Lockerbie (270 morts) en 1988, le DC 10 d'UTA en 1989 (170 morts)- et son soutien financier et logistique à tout ce qui portait cagoule et Kalashnikov dans les années 70-80 a été maintes fois établi. Mais depuis quelques années, le monsieur est rentré dans le rang, donnant des gages aux américains en renonçant à son "programme d'armes de destruction massive" et en aidant discrètement la CIA à chasser le jihadiste au Maghreb. Ce virage à 180 degrés a fait suite au 11 septembre, Kadhafi ayant eu la sagesse de se rendre compte qu'une vitrification de son pays par le Pentagone était un scénario probable: pour Dick Cheney, Paul Wolfowitz et consorts, il aurait pu faire un excellent Saddam Hussein de substitution. Toujours est-il que la Libye est passée du statut d'"Etat-voyou" à celui de membre quasi-officiel de l'"Axe du Bien". Gorgé de pétrole, ce qui ne gâte rien.lundi 23 juillet 2007
Que vivà la Renovacion!
- L' "Entreprise" avec un grand "E", c'est comme "le Salarié", "la Ville", "la Campagne", çà n'existe pas. Il y a des entreprises, des salariés. Rénover le PS, c'est affirmer une fois pour toutes que l'économie de marché est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres, et que ceux qui rêvent de "rupture avec le capitalisme" n'ont rien à y foutre. Mais que si le profit est un des moteurs de l'économie, il n'est pas le seul et n'en est certainement pas la finalité. Rénover le PS, ce n'est pas vouloir "réconcilier les français avec l'Entreprise", c'est tout d'abord vouloir que les entreprises soient "réconciliées" avec l'intérêt commun, par la négociation si possible, par la régulation si nécessaire
- La dépense publique n'est pas un gros mot, mais le gâchis du bien commun est un désastre. Rénover le PS, c'est lui faire tenir un discours clair par rapport aux bataillons syndicalisés des grands services publics: le maintien des "moyens" et des "effectifs" tout en assurant des rémunérations et des évolutions de carrières décentes passe par une remise à plat des pratiques et des organisations du travail lorsque celles-ci ne remplissent pas leurs missions
- L'Europe fut naguère une belle idée, ce n'est pas pour rien que Gaullistes et Communistes s'y opposèrent. Désormais cependant il s'agit d'un "machin" à vingt-sept pays dont l'obsession explicite - et le plus petit commun dénominateur - est la dérégulation sociale et financière au nom d'une "concurrence libre et non-faussée", aspiration aussi bénéfique et réaliste que la "société sans classe". Rénover le PS, ça consisterait à ce qu'il prône ouvertement une "Europe à deux vitesses" - les nations souhaitant renforcer leur intégration politique, et les autres. Rénover le PS, ça consisterait à attaquer de facon frontale le soubassement idéologique dérégulateur, avec l'aide du SPD, du PSOE, etc...
- L'abstention aux législatives le prouve: la crise de la représentation perdure. Rénover le PS, c'est en faire l'adversaire du cumul des mandats, n'en déplaise à quelques caciques députés-maires-conseillers généraux-présidents-de-communautés-de-communes
Bon, je vais m'arrêter là pour l'instant. On pourrait aussi parler d'écologie, de politique étrangère... Les sujets ne manquent pas, qui permettraient de voir au delà de l'écran de fumée Sarkozien, et de se sentir mieux.
Encore faudrait-il que cesse au plus vite la valse des pantins qui ne souhaitent rénover que leur carrière. Et là, c'est pas gagné.
A bientôt
dimanche 15 juillet 2007
Extension du domaine de la flûte
En campagne, donc, Nicolas Sarkozy avait des idées sur tout (il avait surtout des idées, aurait dit Coluche) et n'aimait rien tant que les partager. Ça tombait bien, une grande majorité de journalistes n'attendait que ça, interviewer Sarkozy pour savoir ce qu'il pense: de la situation au Proche-Orient, du clônage thérapeutique, des ongles incarnés, du réchauffement climatique, de la dernière collection de Karl Lagerfeld, du SMIC, de la vivisection, des parachutes dorés, de la proportionnelle, du rap, de la dissuasion nucléaire, du Festival d'Avignon ... Quel que soit le sujet, Nicolas avait une réponse, c'est cà qui était bien. Mais bon, c'était une campagne électorale, la logique et la tradition historique eussent voulu qu'une fois adoubé, le Président prît "de la hauteur".
"Vous vous occupez de tout", il répond: "Les français ne m'ont pas élu pour que je ne m'occupe de rien". Là-dessus, le journaliste en question aurait pu rebondir en objectant qu'entre tout et rien, il y a ce qu'on appelle un "nice average" dans le monde anglo-saxon. Mais dans la France d'aujourd'hui, le journaliste objecte peu, surtout avec Nicolas Sarkozy: il se contente d'enregistrer la réponse à une question que, parfois, on lui aura suggérée. Réponse enregistrée, donc, sans autre commentaire. Nous voilà flanqués d'un Président omnipotent, omniscient, s'assurant qu'on le voit traiter l'intégralité des questions. De l'Europe aux institutions, en passant par l'économique et le social, le Président est partout, complaisamment relayé par des médias amis et/ou fascinés. A tel point qu'on finit par s'interroger sur l'utilité, par exemple, de Christine Lagarde, ministre de l'Economie et des Finances: lorsqu'on lui demande à quoi peuvent bien être utiles les allègements fiscaux (13 milliards d'Euros, une paille) consentis aux foyers les plus riches, elle répond, en substance, que la disparition de ces charges va encourager l'initiative, l'investissement, et donc relancer la croissance. En est-elle convaincue? Certainement pas davantage que la plupart des économistes un peu sérieux. Oui mais voilà: ces mesures étaient prévues dans le Programme-de-Nicolas-Sarkozy-qui-fait-ce-qu'il-a-dit-qu'il-ferait. Dès lors c'est bon pour l'économie et l'emploi, forcément. Christine Lagarde n'est là que pour redire aux médias, avec ses mots à elle, ce que le candidat a pu dire en campagne. Sa véritable valeur ajoutée, c'est que pendant qu'elle assure ce service après-vente façon centre d'appel (relecture de la notice), Sarkozy peut parler d'autre chose à un autre endroit.mardi 19 juin 2007
Ruptures
Soirée de rupture, donc, que celle de ce dimanche 17 juin, qui a vu « le meilleur d’entre eux » mordre la poussière en son fief, tandis que la déferlante annoncée de députés Sarkozystes s’est avérée n’être qu’une reconduction de la majorité actuelle, ni plus ni moins. Enfin plutôt moins que plus sur un plan arithmétique, faut admettre.
Cette grande houle océanique qui se transforme en clapotis méditerranéen m'inspire a priori deux séries de remarques:
- Sur les sondages et leur usage, tout d'abord. Les habitués de ce blog s’en souviennent peut-être, j’avais fustigé ici-même les carambouilles méthodologiques dont usent et abusent les instituts de sondage quand ils prétendent mesurer « l’opinion ». Pour ce qui est de la présidentielle, même si leurs estimations se sont avérées plutôt proches de la réalité en ce qui concerne les « petits » candidats, les variations enregistrées lors des différentes vagues d’enquête et surtout l’interprétation qu’en ont fait les uns et les autres ont relevé de la pure spéculation, voire de la manipulation. Toujours est-il que si une élection présidentielle (un seul scrutin, des options identifiables) autorise en soi l’exercice consistant à simuler un choix auprès d’un échantillon national d’un millier de personnes, appliquer une méthode similaire pour anticiper les résultats d’une élection législative (577 scrutins), c’est tout simplement une imposture intellectuelle. Et lorsque, par-dessus le marché, on déduit de ces mesures des « projections en sièges », on se fout ouvertement de la gueule du monde. Mais cela n’a pas empêché les médiateurs de tout poil de nous marteler, et ce dès le 7 mai, que les sondages « annonçaient » une inéluctable Sakozysation de l’hémicycle. Pour le premier tour, cette prophétie s’est dans une certaine mesure avérée auto-réalisatrice, décourageant sans doute une bonne partie de l’électorat de gauche. Pour le second, il semble bien qu’on ait assisté au phénomène inverse: les abstentionnistes, toujours aussi nombreux, ne furent pas les mêmes. Ainsi des électeurs de droite, gavés durant toute une semaine, comme tout un chacun, d’éditoriaux et de reportages sur la « vague » à venir, ont cette fois jugé inutile de se déplacer. D’où la « surprise » de dimanche soir, notamment pour la petite clique médiatico-sondagière, dont on se demande si elle prend ses désirs pour la réalité, ou si l'intelligence de la réalité est devenue étrangère à ses désirs. Quoiqu'il en soit elle s'accorde le droit exclusif de s’en faire l’interprète, a défaut du prophète : "Fondé sur des informations lapidaires et erronées, il semble que mon discours ait quelque peu biaisé votre jugement. Mais qu'à cela ne tienne, laissez-moi maintenant vous expliquer ce qu'au fond vous avez voulu dire". Tels des commerçants fauchés, les médias audiovisuels pourvoyeurs de "réel" et leurs grossistes en statistiques "représentatives" sont brutalement tombés, ce soir-là, en rupture de stock
- Sur la profondeur et la durabilité de la rupture Sarkozyste, ensuite. L'événement qu'a constitué le scrutin du 6 Mai a pu être interprété comme signalant un triple renouvellement: renouvellement politique (53% pour que "tout devienne possible"), renouvellement démocratique (une participation record), renouvellement de la Droite elle-même, enfin, celle-ci ayant su construire un corpus d'idées cohérent, déclinant dans tous les domaines le primat de la responsabilité et du succès individuels. Par contraste, le PS est tout au long de ces semaines apparu comme complètement encalminé dans un débat interne inachevé, doublé d'une crise flagrante de leadership. A quoi, cerise sur le gâteau, est venue s'ajouter l'"affaire" du couple Royal-Hollande, que des journalistes "politiques" ont jugé utile d'intégrer dans l'équation. Dès lors l'affaire semblait pliée: ce n'était plus de l'élection d'un Parlement qu'il s'agissait, mais du réglage technique d'un studio d'enregistrement. Oui mais voilà: intoxication sondagière ou pas, il aura suffi qu'un éclairage un peu cru (merci Fabius, bravo Fillon, chapeau Borloo) soit porté sur une des idées traînant sur la table du gouvernement - la désormais fameuse TVA "sociale"- pour que le véhicule rutilant de la rupture, lancé depuis des mois voire des années à pleine vitesse, commence à cahoter. Oh ce n'est pas encore la sortie de route, loin s'en faut. Et puis l'exploitation de la faille par des dirigeants du PS enfin audibles a pris des allures un peu Tartufiennes, ladite TVA ayant naguère pu être remarquée ici et là dans les cartons des socialistes. Mais la preuve est faite qu'il y a des limites aux résultats politiques de l'agitation et de l'ubiquité Sarkozyenne, fût-elle relayée en boucle par la quasi-totalité des télévisions, l'Express, Le Point et Paris-Match. Des limites comme les craintes sur le pouvoir d'achat, par exemple. Des limites comme une indifférence polie à l'égard du bouclier fiscal à 50%, mesure dont l'urgence et le caractère vital pour la création d'emplois sont difficiles à saisir, quand on n'est ni rocker belge ni fabricant d'avions de chasse. Cet endiguement ne constitue pas une alternative politique en soi. C'est en tout cas un début.
Celà étant, à ce jour, le PS a élargi et renouvelé son groupe parlementaire à l'assemblée, pas ses propositions. Et la seule clarification tangible en termes d'"image" qu'il nous soit aujourd'hui donnée à voir est celle de la situation entre François Hollande et Ségolène Royal. Mais cette rupture est à mes yeux moins signifiante que celle en train de s'opérer, lentement mais sûrement, entre les délires de l'hôte de l'Elysée et ce truc très chiant, là, comment çà s'appelle déjà, ah oui, çà me revient: le réel.
A bientôt