Un Breton né à Paris, ayant son foyer en Suisse mais expatrié temporairement au Maroc, qui se mêle de ce qui vous regarde. Sans logique aucune, en toute subjectivité.
lundi 28 juin 2010
L'insoutenable légèreté du Woerth
vendredi 28 mai 2010
2016, le bout du tunnel
vendredi 14 mai 2010
Burkina Faso: l'homme qui arrêta le désert
« Succès tangible dans la lutte contre la désertification » annoncerait donc l’histoire exemplaire d’une équipe de scientifiques opiniâtres et talentueux n’ayant compté ni leurs heures ni l’argent de leurs sponsors. S’ensuivrait l’annonce de la mise en place d’un vaste et dispendieux plan de mise en œuvre avec budget et comité international de suivi. Ce serait une histoire qui se passerait quelque part dans un pays « développé ». Enfin, normalement.
Car cette histoire a véritablement eu lieu – on a trouvé une solution technique peu onéreuse et efficace face a la désertification – seulement voilà : elle s’est passée dans un des pays les plus pauvres du monde, le Burkina Faso, et met en scène un paysan ayant pour seul bagage scolaire quelques années passées dans une école coranique au Mali. Il ne parle que le Mooré (la langue du groupe dominant dans son pays, les Mossis) et ne sait ni lire ni écrire. Il s’appelle Yacouba Sawadogo. Il vit à Ouahigouya, dans la province du Yatenga, au nord du pays.
Voici – résumé de façon succincte - ce qu’a fait cet homme : un jour, il y a plus de 25 ans, alors que ses voisins fuyaient leurs terres devenues arides, il est resté sur les siennes et s’est gratté la tête. Au Burkina et dans la région, il existe une technique traditionnelle de fertilisation des sols, qui s’appelle le « zaï ». Cette technique consiste à semer dans des trous creusés mètre après mètre, lors de la saison des pluies. Yacouba s’est appuyé sur cette technique, et l'a perfectionnée.
- D'abord, il a creusé ces trous avant la saison des pluies. Cette initiative lui a immédiatement valu l'animosité de ses voisins. Ce "timing" inhabituel allait à l'encontre des traditions et les traditions, hein, quelle que soit la latitude, c'est sacré. Pour se rassurer, on le traita de fou
- Ensuite, il s'est dit qu'ajouter du compost dans les trous en question serait probablement une bonne idée. Pour faciliter l'aération de l'ensemble, il y a "invité" des termites
- Enfin, suite à une expérience menée par l'ONG Oxfam, il a mis en place des systèmes de mini-digues afin d'éviter l'écoulement trop rapide des eaux de pluie
De surcroît, Yacouba avait compris l'importance de la présence de forêts pour protéger les cultures vivrières. Là encore, son point de vue était nouveau: une forêt, dans la vision traditionnelle, ne pouvait servir que de réserve de combustible ou de matériau de construction. Ce "zaï amélioré", il l'appliqua donc non seulement à ses cultures, mais également à la création, d'année en année, d'un ensemble forestier, là où il n’y avait que le désert. Ça a marché. Les rendements des cultures des terres de Yacouba se sont avérés bien meilleurs que celles de ses voisins, grâce notamment à la présence de sa forêt.
Les spécialistes de l’agronomie ou de la botanique, comme le professeur Chris Reij de la Vrij University d’Amsterdam, qui suivent le travail de Yacouba depuis des années, sont formels : ils en sont comme deux ronds de flan. « Yacouba, à lui tout seul, a eu davantage d’impact sur la conservation que tous les chercheurs nationaux et internationaux réunis. Dans cette région, des dizaines de milliers d’hectares qui étaient devenus improductifs sont redevenus fertiles grâce aux techniques de Yacouba », affirme Chis Reij.
Yacouba ne s’est pas contenté de reconstituer une forêt et d'améliorer les rendements agricoles: il s’est efforcé, ces dernières années, de transmettre son savoir. Tant et si bien que le « zaï amélioré » de Yacouba s’est diffusé dans tout le Yatenga et au delà, pour les cultures vivrières comme le mil ou le sorgho.
Cette histoire, un cinéaste-photographe, ancien cameraman de la BBC, Mark Dodd, a entrepris l’an dernier de la raconter, sous la forme d’un docu-fiction d’une soixantaine de minutes : « The man who stopped the desert ». On y voit notamment Yacouba arpenter le « mall » de Washington D.C., avant d’aller s’exprimer devant des officiels américains, à l’invitation d’Oxfam, en novembre 2009.
Alors, « happy ending »? Hosanna au plus haut des cieux, la puissante Amérique va donner l’ampleur qu’elles méritent aux trouvailles de Yacouba et sanctuariser sa forêt qui a « arrêté le désert »? Pas sûr.
Car il n’est pas impossible qu’il soit trop tard. Yacouba se fait vieux. Or la municipalité de Ouahigouya entreprend en ce moment de lotir des terrains pour faire face à l’accroissement de la population. Et entre la nécessité de trouver de la place pour le plus grand nombre et le souci de préserver la « forêt de Yacouba » et son écosystème reconstitué, qui fascinent tant les spécialistes occidentaux, on n’hésitera pas longtemps. Non par méchanceté ou par ignorance, mais tout simplement parce que les ressources manquent et que si on doit fixer des priorités, on choisira les humains plutôt que la « nature ». Et bien pignouf serait celui qui, bien installé dans un de nos pays a climat tempéré, où l’espérance de vie moyenne dépasse quarante-cinq ans, trouverait quelque chose à y redire. D’autant que les villageois, au Burkina, n’apprécient pas vraiment de vivre trop près d’une forêt : on craint, sans doute a juste titre, la présence des serpents. Alors tant que Yacouba sera vivant – et compte tenu de son prestige – on ne touchera pas a sa forêt. Après…
Et puis les initiatives de Yacouba n’ont pas nécessairement suscité l’enthousiasme de tous, à Ouahigouya… Ses voisins, parce que ses idées allaient à l'encontre des traditions, ont un jour mis le feu a sa forêt. Il s’en est fallu de peu qu’elle disparaisse pour de bon.
Cette histoire est exemplaire parce qu'elle nous redit que l'intelligence d'un seul peut, lorsqu'elle ose bousculer le conformisme de la multitude, favoriser l'intérêt de tous. Cette histoire est exemplaire parce qu’elle bat en brèche la propagande des fabricants d’engrais, de pesticides, de fongicides, d’herbicides et d’OGM qui voudraient nous faire croire que la survie de l’humanité affamée passe exclusivement par le gonflement de leurs profits. Mais cette histoire n’a pas de morale, car on n’en connaît pas la fin, en tout cas pas de façon certaine.
Quoiqu’il en soit il m’a semblé qu’elle valait la peine d’être racontée. By the way, « The man who stopped the desert » cherche un diffuseur. En ces temps de commémoration du cinquantenaire des indépendances, il ne serait pas inutile qu’une grande chaîne TV contribue à casser, auprès du plus grand nombre, les préjugés sur l’Afrique. Notamment celui qui consiste à croire que la résolution des problèmes du continent est une affaire de Blancs, rivalisant d’idées pour « mobiliser les populations locales autour de projets qu’elles peuvent s’approprier ». Alors à bon entendeur…
Pour un aperçu du film de Mark Dodd: http://www.1080films.co.uk/project-mwsd.htm
Ciao, belli
Post-scriptum: cet article est le 100ème sur ce blog. Ça fait quelque chose, tout de même...
mardi 20 avril 2010
Val ne me fait plus rire
- "Ce que dit Stéphane Guillon ne me pose pas de problème, il est dans le champ démocratique : on peut dire tout ce qu'on veut sur ce que font les gens, pas sur ce qu'ils sont"
- "Le problème ce n'est pas Stéphane Guillon en soi, c'est sa place. Il n'est écrit nulle part que l'humour doive intervenir à 7 h 55. Jusqu'où peut-on aller dans ce mélange sans nuire à l'information?"
- "En démocratie, celui qui n'est pas respecté n'a pas la même liberté que celui qui est respecté. Or on doit tous avoir la même liberté"
Bien évidemment, ce rappel d'un objet quasi-archéologique n'est pas plus pertinent à l'égard de Philippe Val que ne l'est, à l'égard de Daniel Cohn-Bendit, l'exhumation polémique de ses discours ou écrits de sa période soixante-huitarde (Bayrou s'en tape encore le front contre les murs, de s'être risqué à ce petit jeu) - le contexte, les gens changent. N'empêche. J'ai la conviction profonde que si la chanson "Lourdes", vieille d'il y a plus de trente ans, n'a pas pris une ride, Philippe Val, lui, a pris un méchant coup de vieux, mais alors très méchant.
Stéphane Guillon n'est pas un "problème", non non. Il y a juste que s'en prendre au physique de quelqu'un, c'est de la triche: d'accord, c'est la récré, mais on a dit qu'on jouait pas avec les affaires. Stéphane Guillon n'est pas un "problème", non non. Mais il passe à 7h55, juste avant le journal, un truc sérieux. 7h55, c'est pas la bonne heure pour rigoler, ça peut "nuire à l'information". Stéphane Guillon n'est pas un "problème", non non. Mais il a manqué de "respect" à quelqu'un qui, du coup, a perdu de sa "liberté". Récapitulons: on peut rire de tout un chacun, à condition de ne pas évoquer son aspect physique - ce serait anti-démocratique - et quoi qu'il en soit dans une tranche horaire aussi éloignée que possible de l'"information". Comme par exemple des incontournables "micro-trottoirs" de la rédaction de France Inter, même s'ils sont au journalisme ce que les éditions Harlequin sont à celles de La Pléiade, mais c'est une autre affaire. On croit rêver.
Lorsque Nicolas Sarkozy a fait nommer Philippe Val à la direction de France Inter, on s'est dit tiens, là c'est vraiment de l'"ouverture", plus à gauche que Val tu cherches longtemps - n'en déplaise à la gôgôche radicale que le Directeur de "Charlie Hebdo" brocardait intelligemment ("Les traîtres et les crétins", éd. Le Cherche Midi, 2007). Un an après, on peut encore se poser la question: comment Philippe Val a-t'il pu accepter? Etait-il soudainement devenu Sarkozyste? Sûrement pas. Le fric, alors? Ca a dû entrer dans l'équation, mais sur un mode mineur. Un an après, à la lueur de cette interview du "Monde" pleine de contorsions pseudo-philosophiques et capillo-tractées, on voit se dessiner la réponse: le goût du pouvoir.
Philippe Val n'est pas plus à droite qu'avant, seulement il y a qu'aujourd'hui on l'écoute, lui l'ancien saltimbanque. Il a des responsabilités éminentes et reconnues, il peut croire que le cas échéant il saura faire peur. Belle évolution de carrière. A l'époque de la chanson "Lourdes", Patrick Font, de son côté, jouait un sketch qui s'appelait "le candidat des cons". A un moment, Font faisait dire à son personnage: "Je ne veux pas le pouvoir pour le pouvoir, mais le pouvoir... pour pouvoir pouvoir". Nous y sommes. Philippe Val aime "pouvoir pouvoir". De là à dire que c'est le candidat d'un con, je n'irai pas jusque là, car ce serait un grave manque de respect mais plus sérieusement: cette griserie, ce doux frisson ont un prix. On doit, de temps à autre, renvoyer l'ascenceur et convenir, faisant écho à un triste personnage commme Eric Besson, que des blagues à la Stéphane Guillon, non, décidément, c'est pas des manières.
On doit ce faisant, Monsieur Philippe Val, accepter l'idée qu'on vous préférât, par principe, un histrion qui n'a pas la moitié du talent que vous aviez il y a trente ans - et même depuis, lorsque vous étiez vous-même chroniqueur humoristique sur France Inter, à 7h55, juste avant les trucs "sérieux". Beurre, argent du beurre, etc, on ne peut pas tout avoir.
Ciao, belli.