
- La collecte des "réactions": A fait ou dit quelque chose, on demande à B, C, D ce qu'ils en pensent. Avec un peu de chance, A nourrira de nouveau la machine en réagissant aux commentaires des uns et des autres
- L'éditorialisation: on s'efforcera de replacer ce qu'a dit ou fait A dans un contexte plus large, et d'en signifier les "enjeux" pour la Démocratie, la République, l'Etat de Droit, la Morale, l'Histoire, enfin toute cette sorte de choses qu'on ne saurait écrire sans majuscule
Le danger inhérent à cette mécanique c'est - outre le fait d'alimenter le sentiment que le monde politique est exclusivement occupé à la production de petites phrases - l'annihilation de toute réflexion en profondeur sur le sens éventuel d'un événement, sur l'importance qu'il convient de lui accorder. Et, partant, en produisant du spectaculaire et de l'éphémère en permanence, de transformer le citoyen en spectateur. Le problème est que ce phénomène de spectacularisation et de nivellement des priorités est, jusqu'à preuve du contraire, consubstantiel de la liberté de la presse, qu'on ne saurait remettre en cause tant c'est une denrée rare sur cette planète: les journalistes sont libres d'écrire ce qu'ils veulent ou presque, notamment des conneries, tant mieux, tant pis.
Toujours est-il qu'un personnage comme Nicolas Sarkozy a parfaitement compris, et depuis longtemps, cette mécanique, nous déjà avons eu l'occasion d'en parler ici (cf http://helvetia-atao.blogspot.com/2007/09/les-larbins-volontaires.html): l'idée c'est de "nourrir la bête" médiatique au jour le jour jusqu'à l'indigestion. Avec succès, jusqu'à très récemment. Cette saturation par la Sarkozerie faisant elle-même événement, elle alimentait un discours somme toute admiratif sur le personnage, sur le thème: "quel talent, le bougre, ah il nous a encore bien eus", car personne n'est dupe, dans cette relation. Et puis un beau jour, les sondages qui dérapent, l'initiative de trop, et c'est la curée: l'essaim, de protecteur, devient curieux, vindicatif, voire sordidement hargneux: Airy Routier, du Nouvel Observateur, se remettra t'il un jour d'avoir été fouiller les poubelles avec la publication en ligne de l'histoire sur le fameux SMS présidentiel? A mes yeux en tout cas, il est carbonisé.
Le plus remarquable, dans ce retournement, c'est d'une part sa simultanéité, d'autre part son côté tardif. Toutes proportions gardées, ce comportement moutonnier rappelle celui des médias américains à propos de la guerre en Irak: il a fallu attendre 2004 avant que ne se dégage un nouveau concensus autour du fait que, finalement, cette invasion n'était pas vraiment une idée géniale et que par ailleurs George Bush était, tout bien réfléchi, aussi con qu'il en avait l'air.

Dès lors s'est enclenché le processus décrit plus haut:
- Réactions: de "quand on veut être Président, il faut savoir se présider soi-même" (Laurent Fabius) à "moi je comprends, à la limite, je lui en aurais collé une, au type" (Roger Karoutchi)
- Editorialisation: Mon-Dieu-mais-qu'advient-il-de-la-nécessaire-solennité-de-la-fonction-présidentielle-en-Démocratie?/Quel-exemple-de-Civisme-donné-aux-jeunes /... etc
Oui mais voilà, çà fait plus de quatre jours que çà dure, ce "bruit médiatique". Au détriment de tout un tas de choses, la liste est longue, autrement plus importantes que ce constat d'évidence: Nicolas Sarkozy est à l'exercice du pouvoir républicain ce que les milliardaires russes sont à la consommation de produits de luxe - le style ne suit pas. Et alors?
Le tout petit monde médiatico-politique, pendant ce temps-là, nous concocte la prochaine "actualité": la taille du rateau que la Droite va se prendre aux municipales. Editorial: Un vrai désaveu, un résultat mitigé ou, tout bien pesé, un résultat "illisible" voire "inespéré-compte-tenu-du-contexte"? Réactions: que va répondre Claude Allègre à la question: "Pourquoi rejoindre un bateau en difficulté"? Que va penser Hollande de la réélection de Delanoë?