- D’une part, avec le temps, la fraction nostalgique des militants F.N., ceux qui sont assez vieux pour avoir vécu le Pétainisme voire l'Algérie française va physiquement disparaitre : que leur « mémoire » ait été transmise ou pas aux générations suivantes, ces deux repères historiques majeurs de l'extrême-droite française vont perdre de leur pertinence politique « faute de combattants »
- D’autre part, nonobstant les saillies du père (comme le « détail ») le F.N. n’a de facto, et d’ores et déjà, que faire de ce passé: c’est bien dans le présent (insécurité, faillites de l'intégration-assimilation, chômage de masse sur fond de mondialisation) et les névroses collectives qu’il engendre que s’inscrit le discours du F.N.
Un Breton né à Paris, ayant son foyer en Suisse mais expatrié temporairement au Maroc, qui se mêle de ce qui vous regarde. Sans logique aucune, en toute subjectivité.
dimanche 19 décembre 2010
Marine Le Pen, ou la normalisation en trompe-l'oeil
lundi 13 décembre 2010
Wikileaks: libertaire?
lundi 18 octobre 2010
Israël-Palestine: sifflons l'arbitre

Alors quoi ? Alors, rien. Le Département d’Etat a fait part de sa « déception ». L’organisateur des discussions voit ses efforts torpillés par la mauvaise volonté manifeste d’une des parties, il est juste « déçu ». Pourtant l’administration Obama aurait tout intérêt à ce que des avancées significatives soient enregistrées dans le dossier Israélo-Palestinien. D’abord parce que la persistance de ce conflit donne des arguments à tout ce que le Proche-Orient compte de va-t-en-guerre (ou de va-de-la-gueule) parmi les islamistes radicaux chiites ou sunnites – des ennemis déclarés de l’Amérique. Ce n’est certainement pas une coïncidence si Ahmadinedjad a décidé de faire une tournée au sud-Liban la semaine dernière, en profitant pour gratifier les médias de vociférations exterminatrices à l’égard d’Israël. Ensuite parce que, cyniquement, les élections du « mid-term » s’approchent à grands pas et un succès diplomatique visible dans cette partie du monde – ne fût-ce que le début d’une solution – ne saurait déparer le bilan de cette administration.
Oui, mais il y a le tropisme historique pro-Israélien de la diplomatie américaine. Cette « relation privilégiée » qui justifie toutes les circonvolutions diplomatiques – n’est ni une nouveauté ni un scandale en soi: elle contredit, simplement, l’ambition du Département d’Etat de jouer les arbitres entre Israéliens et Palestiniens. Si d’aventure Serbes et Albanais du Kosovo se réunissaient autour d’une table pour discuter l’avenir institutionnel de leur territoire, ces derniers seraient en droit de se sentir floués si cette réunion se déroulait sous l’égide de la Russie. Dans le cas qui nous occupe, quelle crédibilité peuvent bien accorder les Palestiniens à la neutralité des Américains ? La même que les Albanais accorderaient à celle des Russes. Pour prétendre à la neutralité dans cette affaire, l’Amérique se devrait d’exercer des pressions considérables sur son allié israélien. Seulement voilà : pour ce faire, il faudrait passer outre l’AIPAC (American-Israeli Political Affairs Committee), très actif au Congrès, et, bien plus tangible en termes électoraux, ignorer une frange importante des chrétiens fondamentalistes, qui voit dans le sionisme l’annonce de la Fin des Temps. Il faudrait passer outre des décennies d’alliance politique et militaire, passer outre des décennies d’expiation d’une « faute originelle » : durant toute la seconde guerre mondiale, l’Amérique accorda en tout et pour tout 3000 visas pour les Juifs d’Europe persécutés. L’AIPAC, d’ailleurs, champion toutes catégories dans le franchissement du « point Godwin », ne manque pas d’agiter le drapeau de l’Holocauste dès que se formule, en Amérique, le moindre début de commencement d’une critique publique de la politique Israélienne – fût-elle largement en deçà des éditoriaux du quotidien israélien "Haaretz". Pour cela, il faudrait passer outre les réticences affichées à exercer des pressions sur un gouvernement démocratique – réticences nettement moins manifestes, notons le, lorsqu’il s’était agi de « convaincre » Polonais et Tchèques d’accepter le bouclier anti-missiles.
Pire: son soutien inconditionnel à la politique israélienne – même, comme aujourd’hui, lorsqu’elle est inspirée par l’extrême-droite la plus obtuse – donne légitimement aux dirigeants israéliens le sentiment d’avoir carte blanche sur à peu près tout. Et légitime, en retour, la posture d’un Ahmadinedjad, qui s’effondrerait comme un soufflé n’était l’alibi du « soutien aux Palestiniens ». Idem pour la question du nucléaire iranien, qui sera toujours sur la table tant qu’Israël se considérera « hors catégorie », seul Etat ayant le « droit » de posséder des bombes atomiques dans la région, fort de l’accord tacite du Département d’Etat.
Dès lors, la « nation indispensable » devrait en l’occurrence être qualifiée de « nation catastrophique », ou tout au moins de « dispensable » (anglicisme), sa diplomatie faisant davantage partie du problème que de sa solution éventuelle.
mercredi 22 septembre 2010
Le fantasme du "joker" europhobe
Mais au fait, le Luxembourg, pourquoi tant de haine? Il y a que Viviane Reding, commissaire européenne d'origine luxembourgeoise, a bruyamment fait part de sa désapprobation des mesures prises en France à l'encontre des Roms, soulignant qu'elles enfreignaient les valeurs de l'Union. Quelle aubaine! Aussitôt, chef de l'Etat en tête, la Sarkozye est montée sur ses grands chevaux, clamant en substance: "la France est souveraine, je t'en foutrai des valeurs, moi, et pis d'abord c'est quoi ton pays tout riquiqui, si tu les aimes les Roms t'as qu'à les accueillir chez toi, ouah l'autre, eh". J'exagère à peine. Quelle aubaine, donc, car ce faisant on ajoute l'indispensable cerise sur le gâteau sensé allécher l'"électorat populaire", encore lui: l'europhobie. La boucle de la cohérence idéologique est bouclée, "la France est de retour" semble-t'on crânement affirmer, comme en un écho grotesque d''"America is back" de feu Ronald Reagan. L'arrogance, aussi ridicule soit-elle, du "gallus", symbole national, est pleinement assumée. Monté sur ses ergots, le coq s'agite et casse les oreilles à l'Europe entière, et tant pis s'il y en a que ça chagrine. L'"électorat populaire", lui, est supposé se réjouir de ce vacarme, c'est tout ce qui compte.
samedi 21 août 2010
De l'utilité d'un Brice Hortefeux
A bientôt
lundi 2 août 2010
Sarkozy, un Ferdinand Lop en moins drôle
- Soit se coltiner le réel et sa complexité, c'est-à-dire expliquer que les problèmes ne se résoudront pas en un jour et donc sans doute pas avant Mai 2012
- Soit éviter les questions sociales, économiques, d'éducation, d'organisation de l'action policière et réduire la situation à la présence persistante d'individus à problème, qu'il convient de circonvenir
dimanche 25 juillet 2010
Crépuscule du droit à l'irrévérence?


dimanche 18 juillet 2010
En attendant l'assaut de la Marine
- Le premier, historique, est que le couple ordre/identité n'est pas le seul ressort de la popularité des thèses d'extrême-droite: s'y ajoute la détestation de l'argent-roi et de la corruption. Qu'on se souvienne qu'à l'origine des émeutes du 6 Février 1934, il y a l'affaire Stavisky. La "république des copains et des coquins" risque d'être qualifiée de "gueuse" (glissement du "Canard Enchaîné" à "Rivarol") pour peu que soit manifeste, en temps de crise et de "sacrifices", une collusion entre le pouvoir de l'argent et le pouvoir tout court: nous y sommes avec le feuilleton Woerth-Bettencourt, en attendant que ne se déroule la prometteuse pelote du financement des "micro-partis". La question de l'argent et du pouvoir, qui n'est pas nouvelle, aurait pu rester relativement marginale n'eût été, avec le Sarkozysme, la rupture d'un pacte entre l'Etat et les classes moyennes/moyennes inférieures: le détricotage systématique, au nom de la "réforme", d'un tissu d'emplois publics dont on fustige la redondance et les "privilèges" de ceux qui les occupent.
- Le second, conjoncturel, est l'effacement prévisible de la personne même de Jean-Marie Le Pen. Il ne fallait pas être Paul-le-poulpe, en 2007, pour envisager que sa fille Marine pourrait reprendre son flambeau. Or ce changement de leadership a des conséquences considérables. Grâce à son patronyme, véritable "capital-image" largement nourri par son père au cours des dernières décennies, Marine n'a nul besoin d'en faire des wagons pour stimuler les réflexes xénophobes ou racistes. Elle peut se garder par ailleurs de touiller la marmite de l'Histoire (le "détail") pour rallier les survivants de l'extrême-droite-canal-historique. Ces derniers en seront peut-être un peu frustrés, mais nul risque qu'ils ne quittent le navire en période électorale, ils n'ont pas d'alternative crédible. Dès lors s'effaceront progressivement les preuves d'un caractère sulfureux du vote FN.
Les thèmes de l'immigration, de la sécurité et de l'identité nationale ayant été sciemment - mais vainement - "mixés" par les apprentis-DJ au pouvoir depuis 2007, la marque Le Pen garantissant sur ce "mix" un surcroît d'authenticité, restera à Marine à entonner avec application un "tous pourris/sortons les sortants", ce qu'elle a d'ores et déjà commencé à faire. Dès lors il est assez comique d'entendre des représentants de l'UMP (Juppé, entre autres) s'en prendre à une gauche qui, en fustigeant les dérives ploutocratiques du pouvoir, ferait le "jeu du Front National". C'est vraiment la passoire qui traite le couscoussier d'objet percé, comme on dit en Afrique. Hortefeux, ou Boute-Feu?
Sarkozy a sans aucun doute inversé la pompe à siphonner les voix. Celà étant, la gauche n'a plus le droit de négliger les peurs et l'exaspération des milieux populaires, en deçà ou au delà des questions sociales. Pas sûr que la très floue notion de "care" constitue un étendard très rassembleur. Le "care", nid d'abscons, il va peut-être falloir trouver quelque chose d'un peu plus explicite si on veut résister à l'assaut de la Marine.
See you, guys
lundi 28 juin 2010
L'insoutenable légèreté du Woerth
vendredi 28 mai 2010
2016, le bout du tunnel
vendredi 14 mai 2010
Burkina Faso: l'homme qui arrêta le désert
« Succès tangible dans la lutte contre la désertification » annoncerait donc l’histoire exemplaire d’une équipe de scientifiques opiniâtres et talentueux n’ayant compté ni leurs heures ni l’argent de leurs sponsors. S’ensuivrait l’annonce de la mise en place d’un vaste et dispendieux plan de mise en œuvre avec budget et comité international de suivi. Ce serait une histoire qui se passerait quelque part dans un pays « développé ». Enfin, normalement.
Car cette histoire a véritablement eu lieu – on a trouvé une solution technique peu onéreuse et efficace face a la désertification – seulement voilà : elle s’est passée dans un des pays les plus pauvres du monde, le Burkina Faso, et met en scène un paysan ayant pour seul bagage scolaire quelques années passées dans une école coranique au Mali. Il ne parle que le Mooré (la langue du groupe dominant dans son pays, les Mossis) et ne sait ni lire ni écrire. Il s’appelle Yacouba Sawadogo. Il vit à Ouahigouya, dans la province du Yatenga, au nord du pays.
Voici – résumé de façon succincte - ce qu’a fait cet homme : un jour, il y a plus de 25 ans, alors que ses voisins fuyaient leurs terres devenues arides, il est resté sur les siennes et s’est gratté la tête. Au Burkina et dans la région, il existe une technique traditionnelle de fertilisation des sols, qui s’appelle le « zaï ». Cette technique consiste à semer dans des trous creusés mètre après mètre, lors de la saison des pluies. Yacouba s’est appuyé sur cette technique, et l'a perfectionnée.
- D'abord, il a creusé ces trous avant la saison des pluies. Cette initiative lui a immédiatement valu l'animosité de ses voisins. Ce "timing" inhabituel allait à l'encontre des traditions et les traditions, hein, quelle que soit la latitude, c'est sacré. Pour se rassurer, on le traita de fou
- Ensuite, il s'est dit qu'ajouter du compost dans les trous en question serait probablement une bonne idée. Pour faciliter l'aération de l'ensemble, il y a "invité" des termites
- Enfin, suite à une expérience menée par l'ONG Oxfam, il a mis en place des systèmes de mini-digues afin d'éviter l'écoulement trop rapide des eaux de pluie
De surcroît, Yacouba avait compris l'importance de la présence de forêts pour protéger les cultures vivrières. Là encore, son point de vue était nouveau: une forêt, dans la vision traditionnelle, ne pouvait servir que de réserve de combustible ou de matériau de construction. Ce "zaï amélioré", il l'appliqua donc non seulement à ses cultures, mais également à la création, d'année en année, d'un ensemble forestier, là où il n’y avait que le désert. Ça a marché. Les rendements des cultures des terres de Yacouba se sont avérés bien meilleurs que celles de ses voisins, grâce notamment à la présence de sa forêt.
Les spécialistes de l’agronomie ou de la botanique, comme le professeur Chris Reij de la Vrij University d’Amsterdam, qui suivent le travail de Yacouba depuis des années, sont formels : ils en sont comme deux ronds de flan. « Yacouba, à lui tout seul, a eu davantage d’impact sur la conservation que tous les chercheurs nationaux et internationaux réunis. Dans cette région, des dizaines de milliers d’hectares qui étaient devenus improductifs sont redevenus fertiles grâce aux techniques de Yacouba », affirme Chis Reij.
Yacouba ne s’est pas contenté de reconstituer une forêt et d'améliorer les rendements agricoles: il s’est efforcé, ces dernières années, de transmettre son savoir. Tant et si bien que le « zaï amélioré » de Yacouba s’est diffusé dans tout le Yatenga et au delà, pour les cultures vivrières comme le mil ou le sorgho.
Cette histoire, un cinéaste-photographe, ancien cameraman de la BBC, Mark Dodd, a entrepris l’an dernier de la raconter, sous la forme d’un docu-fiction d’une soixantaine de minutes : « The man who stopped the desert ». On y voit notamment Yacouba arpenter le « mall » de Washington D.C., avant d’aller s’exprimer devant des officiels américains, à l’invitation d’Oxfam, en novembre 2009.
Alors, « happy ending »? Hosanna au plus haut des cieux, la puissante Amérique va donner l’ampleur qu’elles méritent aux trouvailles de Yacouba et sanctuariser sa forêt qui a « arrêté le désert »? Pas sûr.
Car il n’est pas impossible qu’il soit trop tard. Yacouba se fait vieux. Or la municipalité de Ouahigouya entreprend en ce moment de lotir des terrains pour faire face à l’accroissement de la population. Et entre la nécessité de trouver de la place pour le plus grand nombre et le souci de préserver la « forêt de Yacouba » et son écosystème reconstitué, qui fascinent tant les spécialistes occidentaux, on n’hésitera pas longtemps. Non par méchanceté ou par ignorance, mais tout simplement parce que les ressources manquent et que si on doit fixer des priorités, on choisira les humains plutôt que la « nature ». Et bien pignouf serait celui qui, bien installé dans un de nos pays a climat tempéré, où l’espérance de vie moyenne dépasse quarante-cinq ans, trouverait quelque chose à y redire. D’autant que les villageois, au Burkina, n’apprécient pas vraiment de vivre trop près d’une forêt : on craint, sans doute a juste titre, la présence des serpents. Alors tant que Yacouba sera vivant – et compte tenu de son prestige – on ne touchera pas a sa forêt. Après…
Et puis les initiatives de Yacouba n’ont pas nécessairement suscité l’enthousiasme de tous, à Ouahigouya… Ses voisins, parce que ses idées allaient à l'encontre des traditions, ont un jour mis le feu a sa forêt. Il s’en est fallu de peu qu’elle disparaisse pour de bon.
Cette histoire est exemplaire parce qu'elle nous redit que l'intelligence d'un seul peut, lorsqu'elle ose bousculer le conformisme de la multitude, favoriser l'intérêt de tous. Cette histoire est exemplaire parce qu’elle bat en brèche la propagande des fabricants d’engrais, de pesticides, de fongicides, d’herbicides et d’OGM qui voudraient nous faire croire que la survie de l’humanité affamée passe exclusivement par le gonflement de leurs profits. Mais cette histoire n’a pas de morale, car on n’en connaît pas la fin, en tout cas pas de façon certaine.
Quoiqu’il en soit il m’a semblé qu’elle valait la peine d’être racontée. By the way, « The man who stopped the desert » cherche un diffuseur. En ces temps de commémoration du cinquantenaire des indépendances, il ne serait pas inutile qu’une grande chaîne TV contribue à casser, auprès du plus grand nombre, les préjugés sur l’Afrique. Notamment celui qui consiste à croire que la résolution des problèmes du continent est une affaire de Blancs, rivalisant d’idées pour « mobiliser les populations locales autour de projets qu’elles peuvent s’approprier ». Alors à bon entendeur…
Pour un aperçu du film de Mark Dodd: http://www.1080films.co.uk/project-mwsd.htm
Ciao, belli
Post-scriptum: cet article est le 100ème sur ce blog. Ça fait quelque chose, tout de même...