samedi 8 novembre 2014

Le Front National, l'étroit Moscoutaire

Marine Le Pen veut, paraît-il, adresser une "lettre aux Français" suite au congrès de son parti qui se tiendra à la fin de ce mois. Bon, c'est sympa, une lettre. Ca les changera, les Français, des "cartes postales" de Sarkozy-le-récidiviste.
Ca vous a un côté littéraire, instruit - presque vieille France, pour tout dire, surtout à l'heure des "tweets" à gogo. Et puis ça laisse entendre une volonté de de s'ouvrir, de clarifier et d'aller loin dans l'explication des choses: tout ça n'avait pas échappé à François Mitterrand en 1988, lorsque sa "Lettre à tous les Français" prit résolument le contre-pied du style bruyant et lapidaire, voire lessivier, de la communication politique du moment - affichage tapageur, clips télévisuels. Tout cela n'était bien sûr qu'une nouvelle astuce de "communiquant" mais bon, sur le coup, nous fûmes nombreux à tomber dans le panneau (pour ce qui me concerne: parce qu'au moins, ça avait de la gueule).

Tout ça pour dire que, fondamentalement, l'idée d'envoyer une missive, plutôt que de produire un énième clip, laisse entendre qu'on va s'adresser à l'intelligence de l'électeur plutôt qu'à ses émotions de consommateur d'images. La lettre, c'est l'argumentation plutôt que la répétition, le développement plutôt que le résumé. Mais c'est aussi, et surtout, un souci de transparence et d'exhaustivité.
Dès lors, je me prends à rêver que Marine Le Pen n'oublie pas, dans sa correspondance qui préfigurera sans doute son programme politique pour 2017, d'évoquer sans ambages l'un des piliers de ses orientations en matière de politique étrangère: son tropisme pro-Russe. Je rêve qu'en ce domaine comme dans d'autres - l'Europe, la mondialisation, l'immigration... - elle se mette à annoncer la couleur en toute franchise. Ne serait-ce que parce qu'on aura célébré depuis peu le vingt-cinquième anniversaire de la fin du mur de Berlin.
Berlin, 1984, vue par votre serviteur
En 1989 s'effondrait le symbole le plus visible de l'existence d'une "autre Europe" dominée par l'Union Soviétique. Cette dernière, in fine, ne s'en remit pas, et cette désintégration de la "maison-mère" à Moscou précipita la chute de ses filiales étrangères, et singulièrement du Parti Communiste Français - désormais réduit, suprême humiliation, à la taille d'une formation trotskyste.
Ah, le P.C.F.... S'il n'avait pas existé, y aurait-il seulement une extrême-droite en France? Car l'anti-communisme ("primaire, secondaire, et même supérieur", pour reprendre les mots de Jean-Marie Le Pen) comme raison d'être fut longtemps l'apanage de cette droite "nationale" qui fit son beurre de son hostilité à l'égard de l'Union Soviétique. Et, de facto, fustigea avec constance la servilité à peine dissimulée des communistes français à l'égard du "grand frère" de l'Est. Cette droite "nationale" créa même à cet effet, et ce dès les années trente, un adjectif: "moscoutaire". Tout était dit dans ce qualificatif, notamment la nature singulièrement étrangère et "anti-nationale" des communistes et de leurs partisans. Notons que le plus drôle est qu'il se trouva des crétins, au sein de la gauche non-communiste, pour contester cette accusation, avant (au nom de l'anti-fascisme) et après (au nom de la Résistance) la seconde guerre mondiale, alors que s'il est un point sur lequel la droite "nationale" a eu raison avant tout le monde ou presque, c'est bien sur la question de la subordination inconditionnelle des communistes, en tant qu'organisation, aux intérêts de l'Union Soviétique.
Cet anti-communisme structurel, et pour tout dire ontologique, de l'extrême-droite française, lui permit à maintes occasions de se poser en défenseur de la Liberté - notamment lorsque fut, une bonne fois pour toutes, mise à jour en nos contrées la nature totalitaire du régime soviétique (le "choc" Soljenitsyne à la fin des années 70). De même, les folliculaires d'extrême-droite firent naguère leurs choux-gras de la publication de l'ouvrage de Jean Montaldo sur Les finances du P.C.F. (Albin Michel, 1977), mettant en lumière le rôle d'une certaine "Banque Commerciale de l'Europe du Nord", faux-nez soviétique, dans le maintien à flot des caisses du "parti". Bref, n'eurent été les turpitudes des "moscoutaires", l'extrême-droite et le Front National auraient été bien peine de se trouver des figures crédibles de l' "anti-France". Et donc, quelque part, d'exister.

Or, de nos jours, la complaisance vis-à-vis de Moscou est de mise, chez les Le Pen. On ne compte plus les voyages de Marine dans la capitale russe, reçue notamment cet été par le président de la Douma. Un récent article de "L'Obs" (édition du 23 Octobre) laissait même entendre que le Front National, à l'instar d'autres formations en Europe comme le parti Jobbik en Hongrie, bénéficierait de financements des oligarques proches du pouvoir russe. Reconnaissance du ventre ou vraie conviction? Marine Le Pen ne manque pas une occasion de fustiger "l'atlantisme" du gouvernement français et les sanctions décrétées par les Etats-Unis et l'Union Européenne à l'encontre de la Russie de Vladimir Poutine. On l'a vu ici, cette fascination, à l'extrême-droite, pour un pouvoir fort, héraut d'une "civilisation chrétienne" que menacerait le "cosmopolitisme" d'Outre-Atlantique, ne date pas d'hier. Mais justement: si la Russie, à la fin du XXème siècle, a radicalement changé de système économique et social, il ne s'est guère passé de temps avant que, sur le plan politique, les faits ne viennent contredire les mensonges des ultra-libéraux sur les liens prétendument indéfectibles entre économie de marché, d'une part, droits de l'individu et démocratie, d'autre part: on pourra justifier, expliquer la nature du régime Poutine comme on voudra, il n'empêche que, sur le plan des libertés politiques, le pouvoir de l'ex-KGBiste Poutine ne constitue pas un "saut qualitatif" spectaculaire par rapport au soviétisme finissant. Par ailleurs il reste à démontrer que "l'intérêt de la France" est à un revival de l'alliance franco-russe de 1901, dont on sait combien elle contribua à la catastrophe d'Août 14... A tout le moins elle se ferait au prix d'une rupture définitive avec la Pologne et les pays baltes qui, eux, ont payé pour voir.
Nonobstant, le Front National de Marine Le Pen est aujourd'hui à la Russie de Vladimir Poutine ce que le P.C.F. de Georges Marchais était hier à celle de Leonid Brejnev: une formation satellite, un tremplin vers la constitution de troupeaux "d'idiots utiles". La différence est que les communistes croyaient, ou faisaient semblant de croire, que le pouvoir de Moscou construisait "l'avenir radieux de l'humanité", tandis que le F.N. vit très bien avec le fait qu'il soutient un régime autoritaire et liberticide. Arguant, comme le faisaient naguère nos staliniens nationaux, des compromis récurrents et à peine honteux que font les démocraties occidentales, et en premier lieu les Etats-Unis, avec la défense inconditionnelle de la paix et des libertés dans le monde (les exemples ne manquent pas de ces hypocrisies, il est vrai).
De fait, la formation de Marine Le Pen peut sans hésitation être qualifiée de "moscoutaire": un parti, faisant l'impasse sur l'Europe non seulement en tant que construction politique mais aussi et surtout en tant que système de valeurs, tourné vers l'Est, y décelant un modèle. Un "parti de l'étranger", en quelque sorte, dont la vision est étroite, subjuguée qu'elle par les "lumières" de Moscou tel un lapin dans les phares d'une automobile, comme autrefois le P.C.F... Singulier chamboulement des figures de la politique, étrange tête-à-queue de l'Histoire. Ou pas, finalement.

Toujours est-il qu'il serait bon, qu'il serait juste, qu'il serait honnête que Marine Le Pen, dans sa "lettre aux Français", expliquât à ses concitoyens tout le bien qu'il faut penser de la Russie de Vladimir Poutine. Et donc d'un pouvoir politique qui fait assassiner des journalistes et emprisonner ses opposants, qui protège les mafieux, entretient des guerres chez ses voisins et envoie des jeunes femmes dans des camps, pour cause d'irrespect envers la religion et le gouvernement. Il serait bon qu'elle les informe qu'à compter de 2017, si elle est élue, la France opérera un revirement diplomatique la rapprochant significativement de ce pouvoir.

On verrait alors, pour autant que suffisamment d'électeurs sachent lire, si sa marche vers l'Elysée est aussi irrépressible qu'on le dit. C'est d'ailleurs pour ça que sa "lettre" ne pipera pas un mot sur le sujet, en tout cas pas clairement. On parie?

A bientôt


mercredi 10 septembre 2014

Le Vide de la Chaise Politique

Fin 1965, défendant les intérêts bien compris de l'Etat français - entendez: le maintien d'une Politique Agricole Commune déjà providentielle pour la France et, surtout, repousser à tout prix l'idée d'un début de supra-nationalité - De Gaulle fit pratiquer à son gouvernement la "politique de la chaise vide" au sein des conseils des ministres européens. "Mongénéral" obtint in fine gain de cause, semant la petite graine fructueuse d'une Désunion Européenne promise à un long avenir - mais c'est une autre histoire.

En cette fin d'été 2014, c'est une affaire entendue, le gouvernement socialiste au pouvoir sera cohérent, hommes et femmes désormais tous alignés, le petit doigt sur la couture du pantalon ou du tailleur. Exeunt les trublions potentiels ou réels, une seule ligne, celle du "Pacte de Responsabilité". J'ai déjà dit ici tout le bien qu'on pouvait penser de cette chimère, rien à ajouter ou à retrancher. Il y a que, désormais associé à l'ambition de réduire les déficits budgétaires tout en freinant la pression fiscale, ce "pacte" constitue l'intégralité du logiciel de la gauche au pouvoir, nonobstant quelques velléités d'ordre sociétal - pour autant que les zozos de la "Manif pour tous" n'y voient pas trop d'objections. Le "pacte", tout le "pacte", rien que le "pacte", fermez le ban.

Bon, pourquoi pas. A condition, toutefois, de clarifier un certain nombre de points:
  1. Il faut mettre fin, sans plus attendre, au débat sur le qualificatif qu'il conviendrait d'accoler au nouveau gouvernement Hollande: il se revendique social-démocrate, on le qualifie de social-libéral, et nul doute que le fameux "social-traître" dont usèrent et abusèrent les staliniens est déjà judicieusement ressorti de la naphtaline. Je dis: brisons là. Et posons-nous la question: pourquoi "social"? Va falloir trouver autre chose. 
  2. Tandis que le gouvernement gouverne, donc, le Parti Socialiste se lance dans un grand remue-méninges: les Etats Généraux des Socialistes, ça s'appelle. Les militants et sympathisants sont invités à faire part de leurs doléances, idées, suggestions et à débattre autour de thèmes comme "Laïcité et République", "Croissance et Social-Ecologie", etc.. Nul doute que ces contributions de la "base" nourriront une profonde réflexion au sein des instances dirigeantes du parti qui, moyennant quelques synthèses habiles, construiront, sinon un programme politique, à tout le moins un réservoir d'options pour la prochaine élection primaire. C'est bien beau, mais au fait, pour quoi faire? De deux choses l'une: soit le P.S. entend représenter la "gauche de gouvernement", auquel cas un gouvernement issu de ses rangs devrait mettre en oeuvre des politiques que le parti préconise ou a préconisé (pas de trace du "Pacte de Responsabilité", à ma connaissance) soit il se contrefout de gouverner, mais à ce moment-là qu'il le dise. Comme la seconde option est peu probable, qu'il annonce clairement aux militants et sympathisants que ses "Etats Généraux" en fait c'est pour d'la fausse, cause toujours, camarade 
  3. Au gouvernement comme dans l'opposition, le discours du moment c'est: "soutenez moi, sinon vous aurez Marine Le Pen". Tandis que Manuel Valls entonne l'air de la "République en danger" pour resserrer les rangs d'un P.S. un poil ronchon, le principal argument en faveur du retour en scène de Nicolas Sarkozy est celui qui consiste à le positionner comme le seul candidat crédible face au F.N. (cf. l'avalanche récente de sondages plus ou moins certifiés). De part et d'autre, donc, on est d'accord: Marine Le Pen est au centre de la vie politique, il y a elle et "les autres", qui tentent comme ils le peuvent de se différencier comme challengers potentiels. Seulement voilà, il y a un petit, tout petit détail à régler: pour faire se déplacer des électeurs en nombre suffisant, le coup du "barrage au Front National" ne suffira vraisemblablement pas, en tout cas pas éternellement. Va falloir aller piocher des idées au delà des think-tanks du MEDEF, les uns et les autres. Ou alors dire clairement qu'un gouvernement Marine Le Pen est une option envisageable
Cela étant posé, revenons à nos moutons. Le "Pacte de Responsabilité" et la dérégulation du marché du travail quasiment annoncée qui va avec sont, à juste titre, qualifiés d'opération de "triangulation": de ce programme, la droite n'a foncièrement rien à redire, sinon qu'elle entend faire de même mais plus fort et plus vite, tout en sabrant ouvertement dans les effectifs de la fonction publique. Pas très audible ni très excitant, tout ça. Partant, cette "triangulation" est qualifiée d'habileté politique par les thuriféraires du couple Hollande/Valls. Et on les rapproche d'un Tony Blair ou d'un Gerhard Schröder. Petite nuance: on peut penser ce qu'on veut de ces deux "modernisateurs" de la Gauche Européenne, il n'empêche que l'un et l'autre ont annoncé la couleur avant de concourir aux suffrages des militants de leurs partis, puis des électeurs. Valls, pour sa part, a été vitrifié aux primaires de la gauche, tandis que Hollande n'a pas mentionné l'ombre d'un commencement de son "pacte" à la noix lorsqu'il était en campagne: bref, Blair et Schröder ont fait de la politique, Hollande et Valls font du bricolage, faussement soutenus par un P.S. qui n'en peut mais et mitonne ses "états généraux" dans une indifférence tout aussi générale. En face, "triangulée" à mort, la droite se complait dans une pathétique bagarre d'egos, où la médiocrité le dispute au cynisme. A côté, le F.N. se nourrit de cette pourriture ambiante, avançant ses "solutions" dont on ne saurait dire si elles sont plus bêtes que méchantes.
Cinq ans de Sarkozysme - la pensée brouillonne travestie en volontarisme - et vingt-sept mois de Hollandisme - le renoncement face à tous les lobbies déguisé en pragmatisme - sur fond de crise et de chômage, et nous voilà, tels les personnages de "Gravity", confrontés à un vide mortifère, celui de la pensée politique. La centralité actuelle d'une Marine Le Pen en est d'ailleurs le symptôme le plus flagrant, car il faut que ses électeurs le sachent: si leur candidate accède un jour au pouvoir, il ne faudra pas longtemps avant que, tout comme les électeurs de Hollande voire davantage, ils ne se sentent profondément et durablement cocus. Ce n'est pas un pari, c'est une certitude.

Insondable vacuité que celle du pouvoir et de l'appétit de pouvoir tels qu'il nous sont montrés, en ce crépuscule de la cinquième république. De Gaulle, avec sa "politique de la chaise vide", faisait de la politique. Son lointain successeur trône sur le vide, le vide de la chaise politique.

A bientôt

jeudi 5 juin 2014

Préserver l'hexagonalitude

Les lois de décentralisation de 1982 furent, à l'époque, qualifiées de "grand affaire du septennat". Rien que ça. Il est vrai que la victoire de Mitterrand en 1981 devait beaucoup à un refus, largement partagé après Mai 68, du jacobinisme gaullien, fût-il revisité par Giscard. Au bout du compte, cependant, plutôt qu'à l'émergence de robustes et autonomes entités régionales, à l'image des Länder allemands, on assista à une montée en puissance des départements qui fit le
bonheur, entre autres, des publicitaires: il était en effet impensable que chacune de ces entités ne disposât pas d'une "identité visuelle", d'une "stratégie de communication" en lien avec son "positionnement de marque". Anecdotique? Pas forcément, tant était cruciale la nécessité d'encourager un sentiment d'appartenance chez le citoyen lambda. Car "se sentir" de la Saône-et-Loire plutôt que de la Côte d'Or, du Haut- plutôt que du Bas-Rhin, des Côtes d'Armor plutôt que de l'Ile-et-Vilaine, voilà qui était juste et bon. Et vas-y que je te crée des logos, des campagnes de pub à tours de bras, en avant la "différenciation" du 11 (Aude) vis-à-vis du 81 (Tarn), chacun ses Cathares.
Car l'essentiel était qu'à aucun moment ne fût sérieusement contestée la seule, la vraie "identité" qui soit, celle qui embrasse dans un même mouvement "le Sacre de Reims et la Fête de la Fédération" (pour reprendre les mots célèbres de l'historien Marc Bloch) mais aussi Philippe Auguste et Christine Boutin, Victor Hugo et Gérard De Villiers, Claude Debussy et Mireille Mathieu: l'identité nationale, une et indivisible.
C'est bien pourquoi la "grande affaire" du premier septennat de François Mitterrand se garda bien de renforcer sérieusement le rôle des régions. C'est bien pourquoi, également, fut écartée d'un revers de main l'idée d'une reconstitution de la Bretagne historique - le retour de Nantes en son sein. "Historique" sans être pour autant antédiluvienne, puisque la séparation de Nantes de la Bretagne date du régime de Vichy, mais qu'à cela ne tienne: la Bretagne sans Nantes ferait moins la fière, Nantes hors de la Bretagne ferait une "capitale" acceptable pour les "Pays de la Loire", une invention de la Quatrième République.
Trente-deux ans plus tard, un gouvernement socialiste français entend de nouveau rebattre les cartes territoriales. Autre époque, il ne s'agit plus de "changer la vie" mais tout simplement de faire des économies. Et donc - ta-daa! - de faire disparaître les départements, dont on a fini par réaliser qu'en plus des cantons, des communes, des communautés de communes, des régions et de l'Etat, ça faisait un peu beaucoup - le millefeuilles, on appelle ça. Les temps ont changé mais les fondamentaux restent les mêmes: dans un grand effort de simplification et de "rationalisation" de l'action publique, on réalise, dans la foulée, que vingt-deux régions, c'est beaucoup, qu'il faut "clusteriser" ce merdier. Moins de régions, donc, mais plus grandes. Alors, du coup, Nantes en Bretagne, par exemple? Et bien non. Car pas question de remettre en cause les régions existantes: Pays de la Loire il y a, Pays de la Loire il y aura. Les contours des régions sont non-négociables, circulez, y a rien à voir.

Alors on explique ici et là que tout ça a été fait sur un coin de table de l'Elysée, sans concertation aucune, qu'il s'agissait de ménager à la fois la chèvre (Ségolène Royal, présidente de Poitou-Charentes) et le chou (Jacques Auxiette, président des Pays de la Loire) et, d'une façon générale, de ne pas brusquer les présidents de région, tous socialistes ou presque. Ca a du peser, c'est sûr, et comment ne pas le comprendre: "pacte de responsabilité" aidant, les élus socialistes se ramassent râteau sur râteau. Les élus municipaux, c'est fait; le corps des députés européens a été décimé, ça aussi, c'est fait; reste encore à liquider les conseillers généraux, amenés à disparaître avec les départements, justement. Dans ce contexte de "restructuration" tous azimuths, préserver, au contraire, l'espèce en danger des présidents de région socialistes, c'est une louable intention qu'il convient de souligner.
Mais ces enjeux de politique politicienne ne sont rien en regard de l'essentiel: garantir "l'unité de la nation", comme l'a véhémentement souligné le Premier Ministre Manuel Valls. Et donc tirer un trait définitif sur une vraie régionalisation, c'est-à-dire une régionalisation qui s'appuierait sur des identités historiques, culturelles, voire linguistiques susceptibles de relativiser la sacro-sainte hexagonalitude. Et donc Nantes en Bretagne, pas de ça, Lisette.

Les responsables actuels de l'Etat français, comme leurs prédécesseurs et sans aucun doute leurs successeurs, ont la trouille. La trouille que progressivement, parce que l'action publique serait ici un peu plus bretonne, là-bas un peu plus bourguignonne, occitane ou alsacienne, les citoyens de la troisième puissance nucléaire mondiale se sentiraient moins Français. C'est-à-dire indéfectiblement unis et égaux. Ah, l'égalité, l'argument suprême. Peu importe que les promotions de l'ENA comptent moins de fils d'ouvriers que les régiments de paras ne comptent de gauchistes, peu importe que les uns se gavent de stock-options tandis que les autres chassent les promos chez Lidl: la République est perfectible, certes, mais l'idée qu'elle se fait d'elle-même est tellement belle, ça serait trop dommage de s'arrêter à sa réalité.
Alors à la poubelle, les singularité régionales, ça, c'est bon pour les autres: le Premier Ministre, en meeting politique à Barcelone, s'exprime en Catalan. Mais il ne lui viendrait pas à l'idée d'en faire autant à Perpignan. D'abord parce que ça fait des lustres que la République a fait tout ce qu'il fallait pour que meure cette langue de péquenots. Ensuite parce que quand bien même il se trouverait  suffisamment de Perpignanais parlant Catalan dans un meeting du PS, l'idée même de l'unité française serait compromise s'il prenait l'envie à Manuel Valls de s'exprimer autrement qu'en Français, en deçà des Pyrénées. L'unité espagnole, hein, par contre, on s'en fout: elle est tellement moins nécessaire à l'humanité.

Mais le truc c'est que, crise économique et sociale aidant, l'unité française au prix de la crispation jacobine - nonobstant le bruit que fait Jean-Luc Mélenchon avec sa bouche - n'est d'ores et déjà plus un thème politique légitime pour la gauche, ni même pour la droite parlementaire. A ce petit jeu, d'autres, suivez mon regard, font bien mieux, car ils donnent à l'"identité française" un contenu plus tangible que "le Sacre de Reims et la Fête de la Fédération": un Français doit avoir la peau blanche et bouffer son Dieu le dimanche, plutôt que de s'accroupir devant Lui cinq fois par jour.

François Hollande et Manuel Valls, par atavisme politique, ne veulent pas d'une Bretagne forte. Ils préfèrent se raconter l'histoire de la République une et indivisible. Et "compétitive", cela va de soi. Les illusions, c'est tout ce qui reste quand la réalité sent la merde.

A wech all




mercredi 28 mai 2014

Comme en Quatorze

"Adieu, vieille Europe, que le Diable t'emporte", un truc que chantaient naguère, de leurs mâles voix aux accents-pas-d'ici, les soldats de la Légion Etrangère.

Piétinée, envoyée au "Diable", l'idée d'unir le destin de peuples qui ont passé la quasi-totalité de leur Histoire à s'étriper joyeusement. Un peu partout sur le continent, mais singulièrement en France,
où triomphe depuis dimanche dernier un Front National qui va envoyer vingt-quatre de ses neuneus au Parlement de Strasbourg. Un Parlement qu'ils abhorrent en tant que tel - l'embryon d'une démocratie fédérale, quelle horreur, pensez donc - mais qu'ils comptent, c'est promis, user comme d'un cheval de Troie, s'alliant avec leurs homologues hongrois, danois, autrichiens... Une alliance d'Européens pour, justement, saboter l'idée même d'alliance d'Européens, un peu comme une fête des voisins dont l'objectif serait que chacun se claquemure au plus vite dans son appartement.
Car ces gens-là partagent, outre l'obsession de l'immigration, une idée simple: hors du cadre national, point de salut. Les nations, c'est bien, les nations c'est "l'identité", clament-ils haut et fort.
Alors premier constat: l'une des choses les plus sidérantes dans les résultats de ces élections européennes, c'est que ce retour de flamme nationaliste coïncide avec le centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale. Dix millions de morts, trois millions de veuves, six millions d'orphelins, des millions d'estropiés et de "gueules cassées" et les germes semés çà et là pour le déclenchement de la suivante, car on n'avait pas encore vu le plus beau. Et que trouve t'on, comme idée-force, aux sources de cette catastrophe? Le patriotisme, sous toutes ses formes, de l'arrogance impériale austro-hongroise à "l'esprit de revanche" français, en passant par la paranoïa militariste du jeune empire allemand, sans oublier les ambitions russes, l'inconscience serbe et le sentiment de toute-puissance des britanniques. Les nationalismes ont, en Europe, envoyé les foules au tombeau. On pensait être vaccinés, et bien non: c'est une formation xénophobe, cocardière, tricolore jusqu'à l'écoeurement, lointaine héritière du boulangisme, des anti-dreyfusards et du pétainisme, qui vient de récolter les suffrages d'un quart des électeurs français.

Les électeurs français, tiens, parlons-en. Il se trouve que 57% d'entre eux se sont trouvé d'excellentes raisons pour ne pas aller voter le 25 Mai - j'en connais, nous en connaissons tous. Alors on peut disserter à l'envi sur les motivations des électeurs de Marine Le Pen et arriver, comme votre serviteur, à la conclusion que contrairement à ce qu'on nous assène depuis des années, il s'agit bien d'un vote de conviction et non de "protestation" ou de "colère". Mais ce n'est pas forcément ce qu'il y a de plus grave dans cette histoire. Les plus cons, en l'occurrence, ne sont pas ceux qui apportent leurs suffrages à Marine Le Pen et ses séides: ce sont ceux qui, par leur silence électoral, permettent à ce vote de glaner des victoires, faute de combattants dans le(s) camp(s) d'en face. Aucune excuse à cette connerie-là, encore moins qu'à celle qui consiste à glisser un bulletin "bleu marine" dans l'urne. Car il faut en tenir une sacrée couche pour ne pas avoir vu venir ce bazar: sondages largement relayés et commentés, élections municipales en Mars, on ne peut pas dire que personne n'avait été prévenu. Car il faut vraiment avoir du jeu dans la direction pour imaginer que l'abstention ait un quelconque sens politique: le gouvernement PS me déçoit, les dirigeants de l'UMP sont un ramassis de vauriens, Borloo est malade et Bayrou me fatigue, les Verts sont illisibles, l'extrême-gauche est divisée et impuissante... alors je boude, na? Ce désintérêt, c'est du consumérisme: l'assortiment du magasin ne me plait pas, je me suis trop fait avoir avec des promos alléchantes, alors aujourd'hui je n'achète pas. Comme si on attendait du monde politique ce que précisément on peut lui reprocher: la séduction, le racolage, une relation à l'électeur marquée du sceau de la transaction, du marchandage - un clientélisme à l'échelle nationale - faute de quoi on ira voir ailleurs et, en définitive, nulle part. C'est une tarte à la crème, mais tant pis: chaque jour, dans le monde, des gens sont emprisonnés, torturés ou tués parce qu'ils rêvent à voix haute de pouvoir un jour choisir leurs dirigeants. Alors cette désinvolture de nantis a quelque chose de franchement indécent.
Deuxième constat: on nous bassine désormais avec un "désaveu de la classe politique" qu'illustreraient l'abstention et le "vote extrême". Il est vrai que ladite "classe politique" en fait des wagons, faisant trop souvent preuve d'un aveuglement proprement stupéfiant. Mais au final, en démocratie, on a la "classe politique" qu'on mérite. En l'espèce, la plupart des électeurs français ont bien mérité le triomphe de Marine Le Pen: je veux parler des 57% d'abstentionnistes qui ont tous les droits, sauf celui de geindre et/ou de nous faire le coup de l'anti-fascisme et du "sursaut citoyen".

Cette victoire du Front National en France n'en demeure pas moins la conséquence logique d'une construction européenne menée sans Européens, dans tous les sens du terme: je veux parler des peuples, bien sûr, dont on désavoue les choix quand ils ne "collent pas au plan" (cf. le retour par la fenêtre d'un Traité Constitutionnel évacué par la porte), mais également des dirigeants, dont la fibre européenne est le plus souvent fonction de leurs intérêts nationaux (voir l'enthousiasme immuable des Présidents français, de De Gaulle à Hollande, pour la Politique Agricole Commune). Car contrairement à ce qu'affirme la langue de bois Lepéniste, le vrai pouvoir européen n'est pas "à Bruxelles" (la Commission) mais au sein du Conseil Européen (les chefs d'état et de gouvernement). Conséquence logique, également, bien sûr, des ravages d'un néolibéralisme conjugué à un monétarisme obtus. Mais conséquence logique, surtout, d'un scrutin totalement inepte, aux modes divers, désynchronisé, qui transforme un exercice démocratique unique en son genre en une somme de petits scrutins locaux totalement désinvestis.
Troisième et dernier constat (pour aujourd'hui): Marine Le Pen a raison sur un point, le projet européen est bien a priori un projet "post-national", et je fais partie de ceux qui s'en réjouissent. Mais que ce soit sur le plan des institutions (la domination d'acteurs obnubilés par leurs agendas nationaux), de la pensée économique (la concurrence de tous contre tous) ou des modalités de l'élection du Parlement (28 élections nationales qui prennent l'allure de "sondages grandeur nature"), tout se passe comme si la construction européenne se ramenait à une gigantesque et spectaculaire mise en scène des rivalités et des égoïsmes de nations par ailleurs irrémédiablement vouées à l'impuissance, quoiqu'on en dise, prises isolément.

"Adieu, vieille Europe, que le Diable t'emporte", commençait la chanson... Mais elle continuait par: "Adieu, vieux pays, pour le ciel si brûlant de l'Algérie". Eh oui, à l'époque, les légionnaires partaient faire de la "pacification" dans les djebels.
Et envoyer, de nos jours, l'Europe au Diable, comme viennent de le faire 10 pour cent  des électeurs français avec la complicité de 57 autres pour cent, c'est un peu la même chose: c'est s'embarquer, au nom de "la patrie", pour des combats pas bien nets. Mais nul doute qu'on cherchera désormais à nous faire croire que le nationalisme, c'est tendance. Comme en quatorze.

Auf wiedersehen, Genossen

jeudi 24 avril 2014

Sunday, Bloody Sunday

De 100 à 95.9. C'est, en indice, l'évolution du chiffre d'affaires des grandes surfaces alimentaires entre 2010 et 2013 (source: INSEE, cité dans un rapport de la DGCCRF, Panorama de la Grande Distribution Alimentaire en France, Février 2014). Badaboum: en clair, après des années de croissance sans  interruption (même indice en 2004: 89.9) - malgré un léger tassement consécutif à la crise de 2008 - le business des Carrefour, Leclerc, Intermarché et consorts ne va pas pour le mieux. En cause, toujours selon l'INSEE, une baisse du pouvoir d'achat des ménages (sans blague?), proportionnellement moins de dépenses consacrées à l'alimentaire et le développement de circuits de distribution alternatifs (vente en ligne, voire commerce de proximité...).
A partir de là, on comprend mieux le développement récent du "débat" sur l'ouverture des magasins le dimanche.

Première vague, il y a quelques mois: les grandes surfaces de bricolage. Confronté à  des distorsions entre enseignes engendré par de un ces fatras réglementaires dont la France a le secret, le gouvernement lâche du lest et simplifie le bazar: le 8 Mars de cette année, un décret au Journal Officiel autorise l'ouverture des magasins de bricolage le dimanche. Deuxième vague, ce week-end: Laurent Fabius, ajoutant désormais le Tourisme aux Affaires Etrangères, fait part de sa position en faveur de la généralisation de l'ouverture dominicale, au motif de développer le tourisme en France. Remarque qui se veut définitive: "ll y a une certitude, c'est que le touriste qui vient le dimanche et qui trouve un magasin fermé ne va pas revenir le jeudi".
Reprenons.
Pour ce qui est des grandes surfaces de bricolage, on a à bon droit invoqué l'équité (pourquoi certaines enseignes ou régions, et pas d'autres?) pour justifier le décret de Mars dernier. Mais pas seulement. On a entendu également deux arguments soi-disant massues:
  1. Ca va créer des emplois
  2. Ca correspond à une demande des consommateurs
Pour le second, en l'occurrence, on nous a expliqué que, voyez-vous, le bricoleur, et bien c'est surtout le dimanche qu'il bricole. Du coup, c'est le dimanche qu'il a envie d'acheter une nouvelle perceuse ou juste quelques mèches, des clous, ou un truc quelconque qui lui manque justement, là, quand il a envie de bricoler, le bricoleur. Et là, crotte de crotte, la peste soit des législateurs, il est fermé, le magasin.
Laurent Fabius ne nous dit pas autre chose à propos des touristes. C'est un peu plus capillo-tracté, nonobstant sa calvitie, mais c'est la même rengaine: le touriste, contrairement aux apparences, ne vient pas visiter la France pour se détendre, aller à la plage ou en montagne, ou bien visiter des monuments, se cultiver dans un musée. Que nenni: il vient pour ACHETER. Et donc prenez un Chinois qui s'est tapé douze ou quinze heures d'avion pour atterrir un samedi, mettons à Toulouse, et bien le dimanche il n'a qu'une envie: aller faire des courses au "Carrefour" de Portet-sur-Garonne ou dans un "Gap" de centre-ville. Et là, flûte de flûte, pas possible, c'est fermé. Furieux, il reprend le premier avion dès le lundi.

Le premier argument, celui des emplois, devrait être a priori plus recevable: un jour d'ouverture en plus, c'est des besoins en main-d'oeuvre supplémentaires donc hop, des jobs. On a même entendu un chiffrage précis: "au moins 22 000 emplois à temps plein". Sauf que.
Sauf que toute création nette d'emplois par l'addition généralisée d'un jour d'ouverture par semaine suppose, en toute logique, une progression, nette également, du chiffre d'affaires de l'ensemble des commerces de détail. Accroissement lui-même soutenu par une croissance des dépenses des ménages hors logement, transports, énergie, équipements durables, donc, de fait, une progression du pouvoir d'achat desdits ménages. Or il sera difficile de faire croire à quiconque que les fameuses nouvelles créations d'emploi dans le commerce de détail vont, à elles seules, générer ce surcroît de pouvoir d'achat. Ne serait-ce que si on considère les salaires octroyés dans la distribution.

Derrière cette offensive au nom de la création d'emplois et de la satisfaction d'une demande, l'une et l'autre franchement hypothétiques, il y a une réalité triviale: la grande distribution est confrontée, on l'a vu, à une baisse sensible de son chiffre d'affaires. Or, lorsqu'on s'appelle Carrefour ou Auchan et qu'on entend enregistrer de la croissance (et, comme tout un chacun, engraisser ses actionnaires chaque  année un peu plus), il n'y a que deux solutions: soit augmenter le nombre des points de vente, soit augmenter le chiffre d'affaires par point de vente. La première solution est quasiment exclue, compte tenu de la saturation du territoire en termes de grandes surfaces commerciales. Reste la seconde qui demande, à nombre de jours d'ouverture constant, énormément d'imagination, d'investissements et, souvent, de temps (ré-agencement des magasins, diversification ou équilibrage de l'assortiment et, bien sûr, baisse des prix pour gagner sur les volumes) pour, au final, des gains relativement marginaux. Ouvrir un jour de plus, par contre, là c'est bingo, direct. Bingo, oui, mais pour Auchan, Leclerc, Carrefour, etc... pris individuellement. Car l'évolution du pouvoir d'achat étant ce qu'elle est, l'ouverture le dimanche opérera un déplacement dans le temps et l'espace du chiffre d'affaires de l'ensemble des acteurs, pas son accroissement net.
Autrement dit: chaque enseigne espère, dans son coin, faire mieux que les petits copains sur le nouveau "segment" du dimanche, qui par sa politique de prix et d'assortiment, qui par ses implantations dans des zones de chalandise plus profitables. Et donc accroître sa part d'un gâteau qui, au mieux, gardera la même taille. Au passage, ce jour d'ouverture supplémentaire accroîtra le rendement des actifs des distributeurs (immobilier, terrains), ce qui leur permettra d'afficher de meilleurs ratios de gestion. Et donc de ravir leurs banquiers.
Et le collectif, dans tout ça? Pas grand-chose sinon, bien sûr, un jour supplémentaire par semaine durant lequel circuleront camions et camionnettes de livraison, un jour supplémentaire durant lequel seront amenés à travailler les fournisseurs des distributeurs (sur la base du "volontariat", n'en doutons pas) - le tout, là encore, dans la perspective de conquête de parts de marché, un jeu à somme nulle. Enfin, un jour supplémentaire pour consommer ou travailler, plutôt que s'amuser, réfléchir ou échanger entre humains.

Par ailleurs: lorsque le gouvernement français a baissé sa culotte devant les vociférations des "bonnets rouges" (voir ici-même) on a cru y déceler le terme d'un affrontement entre des "technocrates parisiens" et des petits transporteurs, des artisans et des paysans, bref une "Bretagne qui se lève tôt". On aurait dû plutôt y voir le triomphe d'un "business model" cher à la grande distribution: exiger des fournisseurs, pour pas un rond, de se faire livrer n'importe quoi, n'importe où, et le plus vite possible. Forcément, seul le transport routier permet ce genre de gymnastique. Et forcément, le fournisseur en question et son transporteur, l'"écotaxe", ils sont contre: ils brûlent des portiques, bien obligés. Mais contester ensemble les exigences exorbitantes de "m'sieu not' bon maître", Michel-Edouard Leclerc ou un autre, non mais ça va pas, la tête?

Enterrement de l'"écotaxe", ouverture des magasins le dimanche: les épiciers en rêvaient, la droite  aurait à peine osé, la gauche l'a fait. Elle est pas belle, la vie?

A bientôt

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Si rien ne bouge - Février 2008