mercredi 4 mars 2009

Malheur des uns, minable bonheur des autres

Il n'y a pas que l'économie mondiale qui est en crise: est chamboulé, à tout le moins, le socle idéologique ultra- ou néo-libéral, auquel avait fini par se convertir la grande majorité de la droite ... et une fraction minoritaire mais non-négligeable de la gauche françaises- un mélange subtil de résignation ("les lois de l'économie sont incontournables") et de volontarisme ("nous allons réformer, quoi qu'il en coûte") - conversion personnifiée en définitive par Nicolas Sarkozy. Comme tout système de pensée à prétention universelle- il en alla de même historiquement du christianisme et du communisme - le dogme néo-libéral eût à passer sous les fourches caudines des réalités locales: dans sa version hexagonale, l'obsession de la concurrence s'accomoda fort bien du maintien d'oligopoles dans les secteurs de la banque ou du bâtiment, par exemple, tandis que l'idée de fluidité du "facteur travail" ne fut en rien perturbée ni par la persistance de nombreuses discriminations à l'embauche, ni par l'inégalité de l'accès à des formations "qualifiantes". Cependant, tout bien pesé, avec l'élection de Nicolas Sarkozy, se concluait un scénario Gramscien de conquête du pouvoir par les idées, conquête entamée il y a une vingtaine d'années.
Dès lors la France s'alignait officiellement sur une doxa dont les certitudes suivantes constituent des éléments essentiels:
  • Les acteurs économiques privés, même si (voire du fait que) leurs actions sont motivées par leur propre profit, contribuent en définitive au bien-être collectif. Corollaire: tout doit être fait pour réduire le contrôle extérieur de ces actions au strict nécessaire (Etat de droit aussi jurisprudentiel que possible, fiscalité adaptée, etc...)
  • L'économie privée s'auto-régule car la transparence et l'équité sont indispensables à son bon fonctionnement (cabinets d'audit, agences de notation...). Corollaire en lien avec le précédent: nul ne saurait mieux contrôler un acteur économique privé qu'un autre acteur économique privé
  • Les salaires fixes constituent des coûts qu'il convient de minimiser autant que possible, à quantité de travail constant et productivité croissante. Pour compenser ce manque-à-gagner en revenu disponible, on favorisera le crédit sous toutes ses formes

Oui mais oups, on l'aura compris, la crise historique, née il y a quelques mois des jongleries de titans financiers dérégulés, a balayé ces dogmes comme naguère les écrits de Soljenytsine l'idée du "paradis soviétique". Dès lors la droite française, encore il y a peu triomphante, se retrouve idéologiquement à poil.

A ce dénuement s'ajoute l'impuissance du gouvernement, à l'instar de ses homologues de par le monde, à influer sur le "cours des choses" - ne serait-ce que très prosaïquement, à court-terme, sur celui des valeurs boursières - et l'addition de grognes catégorielles, mais profondes et populaires, liées, précisément, à une autre obsession idéologique d'inspiration libérale: la réduction de la dépense collective. Pingrerie incompréhensible lorsque par ailleurs se déverse par milliards l'argent public dans le tonneau des Danaïdes de l'économie privée.

Comme si ça ne suffisait pas aux malheurs de la droite, le Président en personne continue à en faire des tonnes dans le registre "ugh, j'ai dit", avec par exemple la nomination d'un de ses proches à la tête du tout nouveau groupe Banque Populaire-Caisse d'Epargne. A ce sujet, il entonne joyeusement, sur l'air d'une chanson de carabins (mon sens aigü de la bienséance m'interdit d'en citer ici les paroles d'origine): Et on s'en fout /de nommer le Pérol/Et on s'en fout/du moment qu'on contrôle tout!

Cartes marines périmées, incapacité manifeste à naviguer dans la tempête, capitaine de moins en moins crédible: le navire UMP est plutôt mal barré, c'est le cas de le dire.

Dans ce contexte, on ne s'étonnera pas a priori que Martine Aubry ait récemment déclaré qu'elle était "heureuse". Cynisme mis à part compte tenu du contexte, on aurait compris que la Première Secrétaire du principal parti d'opposition se réjouisse de la fin d'un état de grâce gouvernemental: l'idéologie de l'adversaire s'étant fracassée sur le réel, la place était enfin libre pour construire et proposer une alternative qu'on ne pouvait désormais plus qualifier d'archaïque tant les "modernes" s'étaient pris les pieds dans le tapis: "Keynesianisme" n'est plus un gros mot, jusques et y compris à Chicago, dont les boys rasent désormais les murs.

Mais non, vous n'y êtes pas: le "bonheur" de Martine, c'était tout simplement le fait qu'au terme de conciliabules dont la rue de Solférino a le secret, un accord avait pu être trouvé avec les "Ségolénistes" sur la constitution des listes socialistes pour les élections européennes. Hosanna, au plus haut des cieux. Voilà une nouvelle à même d'apporter du baume au coeur des ouvriers en chômage technique, des entrepreneurs asséchés par leurs banques, des agents publics en voie de précarisation, des chômeurs condamnés aux Macjobs à répétition, enfin bref de tout un peuple laborieux qui souffre. Perçant les nuages noirs qui s'amoncellent, une lumière ténue mais vive vient éclairer l'horizon, là, devant: les partisans de Martine, de Ségolène, de Bertrand et des autres ont su oublier leurs querelles pour résoudre ensemble un problème essentiel - le partage équitable du gâteau des positions éligibles à Strasbourg. Quoique, même pas, en plus: il n'a pas fallu 48h pour que s'expriment largement dans les médias les frustrations des uns et des autres: "Va donc, eh, parachuté! - Oh, eh, camembert, les ploucs!".

On m'objectera qu'il y a peu le PS avait su construire et proposer un "Plan de Relance" alternatif, sans doute imparfait, mais qui avait au moins le mérite - prenant le contre-pied de la stratégie d'évitement gouvernementale inspirée par le MEDEF - de poser la question des salaires et du nouveau "pacte" à passer avec la sphère économique. De ces propositions, les médias se sont moins fait l'écho que des querelles d'appareil. N'empêche: si les dirigeants et cadres du PS consacraient leurs déclarations publiques à la défense et à l'illustration de leurs idées plutôt qu'à leurs bisbilles de nains - ou, à défaut, décidaient de la boucler - on aurait moins le sentiment qu'entre Sarkozy et Besancenot il n'y a rien, sinon Bayrou qui se croit Gaullien parce qu'il est tout seul.

Déroute idéologique, indigestion de couleuvres sarkozyennes: l'UMP vit en ce moment des temps difficiles. Les nominations de Gilbert Montagné et David Douillet au sein de sa direction ne devraient pas, a priori, lui faire gagner en crédibilité. Mais ce parti et son leader suprême peuvent compter sur une chose: l'équipe dirigeante de la maison d'en face fera tout son possible pour les surpasser dans le ridicule.

Je vais prochainement renouveler mon adhésion au PS. A ce stade, ce n'est pas de l'investissement, c'est de l'aide humanitaire...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Allez, rassures toi, il y aura des jours meilleurs.
Pas en 2012, mais après quand ceux et celles du Parti qui s'accrochent depuis 30 ans à leurs fauteuils auront enfin compris qu'il est temps de passer la main. Même Mauroy, et j'espère Fabius, ont passer le relais. Il (ou elle) est peut-être né(e) celui ou celle qui saura conduire le PS vers des jours meilleurs. Ceci dit ce n'est pas gagné.
Je vois avec plaisir que tu mets Besancenot à sa vraie place, celle de la gauche qui va chier sur le PS tellement ils sont nuls et ne comprennent plus rien du désarroi des gens d'en bas. Que tu cites même Bayrou qui va retrouver ses fidèles le temps d'une future élection.
Maintenant je ne suis plus aussi catégorique sur la réélection quasi assurée du petit Nicolas en 2012 car certains votants de 2007, à commencer par moi, trouvent ses discours quasi quotidiens de plus en plus ridicules. On dirait un sale gosse capricieux de 5 ans qui s'amuse seul avec ses jouets. Et c'est dommage car derrière il y a des gens de valeur. Tu veux le nom du futur premier ministre, le même qui sera candidat en 2017 pour l'UMP ?
Xavier Bertrand. Et pas seulement parce qu'il est le chouchou de Nicolas mais parce qu'il a les épaules pour le job.

Salut gaullois
Gilles

Christophe a dit…

Jusque là, quand j'entendais le nom de François Pérol, je pensais plutôt à "payroll" (qui pourrait se traduire par masse salariale).
Mais là, associer Pérol et vérole, il fallait le faire. Et Natixis, c'est le bas-clergé ?