lundi 7 mai 2007

Lui-même, lui, personnellement, Président

Et bien voilà: ce "petit bonheur espéré" évoqué tout au début de l'histoire de ce blog (27 janvier 2007) m'a été refusé. Après douze ans de Chirac, j'en prends au moins pour cinq ans de son clone. Encore moi, je m'en fous, j'habite en Suisse, mais les autres...
Quoi? Alors que la France vit un tournant politique, tu nous pompes avec tes petits états d'âme?
Oh, lâchez-moi, amis lecteurs: après tout, plus de vingt millions de citoyens informés viennent de mettre à leur tête un type qui, à propos de tout et de rien, parle de sa petite personne - "Moi je vais vous dire, la France m'a beaucoup donné, alors moi je vais lui rendre..." (Non non, penses tu, fallait pas, garde tout...) - alors je m'adapte, désormais je vais parler de mézigue en permanence, dire "Je-dis-ce-que-je-vais-faire-et-si-c'est-pas-fait-je-dirai-que-je-l'ai-pas-dit-puis-je-dirai-que-je-vais-faire-autre-chose", je vais me trouver quelques sponsors sympathiques comme Jacques Chirac, Charles Pasqua ou Edouard Balladur, et vous allez voir ce que vous allez voir.
Mais non, je plaisante.
Tout de même, quelle soirée que celle du 6 mai 2007. Je ne sais pas ce qui m'a le plus affligé: la mèche conquérante de Francois Fillon, les "Jeunes Populaires" en goguette Place de la Concorde ou les tronches en biais de Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Ah, ces deux-là, fallait les entendre, sur le plateau de France 2 (ou TF1, je ne sais plus, peu importe). Voilà dix ans ou plus qu'ils font partie du problème, alors les voir s'agiter pour nous convaincre qu'ils sont la solution, il y a de quoi se la déguiser en balancier d'horloge (ce n'est pas vulgaire, c'est littéraire: une citation de Frédéric Dard, grand auteur français de la fin du XXème siècle). Non mais, franchement! A ce niveau-là, ce n'est plus du culot, c'est une résurgence du psychédélisme.
Rappelons les faits: à 20h01, Ségolène Royal, souriante au delà du raisonnable, balance un discours où elle explique qu'en gros elle est là et y reste, pour "rénover la Gauche", tout ça tout ça, le tout sous des applaudissements nourris: tête de DSK, qui enchaîne sur le thème "la rénovation social-démocrate c'est moi, cette foutue bonne femme s'est pris un rateau, je vous l'avais bien dit", suivi d'un Fabius qui, la bouche en issue d'oeuf (toujours Frédéric Dard), nous balance un lyrique: "le drapeau de la Gauche est à terre, il faut le relever". Alors déjà, imaginer Laurent Fabius en cavalier bolchévique ramassant héroïquement un drapeau rouge sous la mitraille des soldats de Dénikine, j'ai du mal, mais en plus j'ai envie de lui dire: "Eh, pauvre pomme, t'avais qu'à te bouger les fesses pour qu'il ne tombe pas, comme ça t'aurais pas à le ramasser".
Soyons sérieux, DSK et Fabius, on sait ce qu'ils pèsent: respectivement 21 et 19% des militants socialistes. Pas de quoi prétendre être une alternative sérieuse à quelqu'un qui rassemble sur son nom pas loin de 47% des électeurs. Mais bon, le Parti Socialiste est ainsi fait, très Nietzschéen, finalement: l'Eternel Retour. Guerre des chefs, croche-pied, ne changeons pas les méthodes qui perdent... L'actualité me donnera sûrement l'occasion de reparler de ces enjeux de casting.
Revenons, donc, au triomphe Sarkozien d'hier soir. Le sentiment d'arriver aux dernières pages d'un bouquin passionnant, et de découvrir qu'à la fin, ce n'est pas le bon qui gagne. Cinq ans qu'il est en campagne, le nouveau Président. Il y pensait "tous les matins en se rasant", à ce 6 mai 2007. A quoi va t'il bien pouvoir penser, le matin, désormais? C'est simple: à 2012. La prochaine campagne présidentielle vient juste de démarrer.
Quoiqu'il en soit, ça commence fort, la "rupture".
Le discours de la salle Gaveau, au siège de campagne de l'UMP: un grand moment d'émotion. Moi, j'ai été particulièrement touché par la noble pensée de notre nouveau Président pour les "infirmières libyennes".
C'est qui, celles-là? Encore des Immigrées qui viennent nous pourrir l'Identité Nationale? Vous n'y êtes pas: Nicolas Sarkozy faisait allusion aux cinq infirmières bulgares emprisonnées depuis 1999 par le régime de Kadhafi, accusées d'avoir inoculé le virus du SIDA à 923 enfant libyens. Mais Nicolas Sarkozy a le sens du raccourci (il en est un lui-même, ah ah): d'"infirmières bulgares en Libye", on passe à "infirmières libyennes", on va pas s'emmerder avec des détails. D'ailleurs, aucun journaliste n'a relevé la boulette, de toute façon ils ont intérêt à se tenir à carreau, ceux-là, surtout à l'audiovisuel, s'ils tiennent vraiment à la Valeur Travail, enfin au leur. Pas un, non plus, du coup, pour noter que s'il est louable de se soucier du sort de ces victimes de Kadhafi, il y a ces jours-ci vaguement plus urgent dans la série "humanitaire" quand on s'apprête à devenir Président de la République: l'otage français en Afghanistan, que les Talibans menacent de séparer en deux parties inégales.
Évidemment, le siège de campagne de l'UMP n'est pas forcément le lieu le plus adéquat pour traiter ce genre de question. Dans ce cas-là, une solution raisonnable c'est de fermer sa gueule, mais bon, Sarkozy, fermer sa gueule il a du mal. Va pour les "infirmières libyennes", donc, de toute façon tout le monde s'en fout, sinon ça se saurait, après tout ce temps.
Un peu plus tard, la fête organisée Place de la Concorde bat son plein, comme on dit. Et là, le téléspectateur-électeur réalise le véritable sens du mot "rupture". Il ne s'agit pas simplement d'un phénomène politique, il s'agit tout d'abord d'un phénomène culturel. Après toutes ces années de stagnation en France, il était grand temps de laisser s'épanouir le souffle d'un véritable renouveau, il fallait vraiment faire entendre la musicalité du futur à nos oreilles engourdies: Mireille Matthieu, Enrico Macias, Gilbert Montagné. Rien que pour ça, moi je dis que ça valait la peine.
Blague à part: le triomphe d'un égotiste qui "enthousiasme" Laurence Parisot, du MEDEF, élu sur la base de thématiques plus réactionnaires les unes que les autres, franchement j'ai vu plus gai, comme dimanche soir.
Mais il y a deux choses qui me consolent:
  • la première, c'est que mes amis et relations de droite, dans les cinq ans qui viennent, vont se retrouver à devoir assumer tout ce qui nous attend (ou alors c'est qu'ils n'avaient pas bien tout lu la notice)
  • la seconde, et elle est un peu liée à la première, c'est qu'on n'a pas fini de rigoler
Alors à bientôt

5 commentaires:

isa a dit…

bien vu, bien noté.
toi tu n'as peut être pas fini de rigoler from la suisse (à moins que tu envisages de revenir, comme ton voisin de Gstaad? )
et nous aussi avec tout ce qui a été promis mercredi soir!

Anonyme a dit…

tu as oublié Jeane Manson aussi comme incarnation du futur en musique ...
ce que j'ai bien aimé aussi en cette fin de campagne, outre la réapparition de Cécilia, c'est la présence des blondes et belles enfants de Sarko : au 1er comme au 2er tour, sans parler de la tribune place de la Concorde, on a vu Sarko Ier collé aux basques par ses 2 blondes, dont l'une n'est bizarrement pas sans rappeller une certaine Marine le Pen ... alors, instrumentalisation ou pas ?
tschüss,
Patricia

Anonyme a dit…

Allez Riwal,

Courage et "believe". Et si il etait sincere?

En plus cela nous promet de joyeuses discussions, pas vrai!

Que le parti socialiste se rapproche du centre gauche et peut etre deviendra t-il reellement progressiste...

(By the way, j'ai toujours autant de plaisir a lire ta prose... un vrai bonheur - et c'est sincere!)

Salut mon ami; si tu as besoin de soutien moral, appelle moi!!!

Dom

Fred a dit…

J'avais note egalement le raccourci Lybien et cela est bien dommage. Mais j'ai trouve que ce discours avait une empreinte presidentielle. Je te rejoins sur le fait que maintenant Sarko va devoir passer des promesses a l'action. Toutefois, son programme si tu l'observe en ecartant le prisme du petit homme de Neuilly est inspire (surtout en matiere economique) de choix qui ont marches dans d'autres pays..alors que le flou artistico-collaboratif-qui-desir-changer-lavenir-sans tenir-compte-du-passe !!! je me tiens pret pour les discussions des mesures a venir.
n.b: le Fouquet's, le jet prive et le voilier de 60m restent toutefois indefendables.

Oxygène a dit…

Après avoir observé la litanie des courtisans peoples lors de la soirée du 6 mai, j'ajoute que désormais journal l'organe officiel de la France sera "Voici". J'espère cher blogueur d'Hélvétie que tu continueras à nous réjouir de tes coups de gueule pertinents.