lundi 23 juillet 2007

Que vivà la Renovacion!

Depuis le 6 mai, le PS est un rassemblement d'âmes en peine: une horde de spectres écervelés errant sur un chantier embrumé, qui un marteau, qui une scie ou une perceuse à la main, cherchant dans le plus grand désordre une tâche de construction qui ait un quelconque sens. Mais une terrible malédiction pèse sur ces ectoplasmes: quoiqu'ils puissent entreprendre, leur action est vouée à l'échec. En effet Sauronzy, le Seigneur des Arnaud, a définitivement gagné la guerre de la Terre-du-Milieu-de-l'Europe. Il doit sa victoire à une arme qu'il a patiemment forgée du fond de son repaire de Neuilly-sur-Mordor: l'idéologie.
En forçant un peu (oh, à peine), c'est le tableau que l'on voit émerger si l'on s'efforce de résumer le tumulte médiatique de ces deux derniers mois. Ainsi la victoire de Sarkozy le 6 mai serait due à la mise en oeuvre efficace d'un "logiciel" (ça c'est l'expression à la mode, vous avez remarqué? On parle de "logiciel" à propos de tout et de rien, surtout de rien) politique qui aurait tout balayé sur son passage. Même victorieux, ledit "logiciel" continue d'agir contre ses adversaires: après avoir poussé un Besson à la trahison (quoiqu'il n'ait pas fallu le pousser bien fort, celui-là), vas-y que je t'embauche un Kouchner, et que je te case un DSK par-ci, un Lang par-là, j'en oublie... c'est plus un "logiciel", c'est carrément un virus. Résultat, donc, un PS qui, médiatiquement parlant, ressemble à un village tchétchène après un passage d'hélicoptères de la Fédération de Russie.
Cependant, il faut le reconnaître, les médias ne font ici qu'amplifier, sublimer une réalité. Quelle est-elle, cette réalité? Pour l'essentiel une campagne présidentielle que le PS et sa candidate ont singulièrement ratée. Du côté de Ségolène Royal, sa popularité, qu'elle rêvait quasi- transcendante, l'a laissée croire qu'elle pouvait se dispenser de tâches aussi triviales que bosser ses anti-sèches et être ponctuelle à ses rendez-vous avec les journalistes. Comportement encouragé par des conseillers qui oublient que Monsieur- ou Madame-tout-le-monde ont autre chose à foutre dans la vie que de se connecter sur http://www.désirsdavenir.org/, quand ils n'ont pas bien compris des messages subliminaux comme "tout se tient" ou "donnant-donnant". Du côté du PS, une cacophonie entretenue par des aigris de toute sorte, une logorrhée de "commentaires-sur-les-commentaires", où l'imbécillité tactique le disputait au machisme. Le tout s'articulant autour d'un programme présidentiel où la chèvre, le chou, le crottin de chavignol et la potée au lard étaient savamment ménagés. Mais quelles qu'aient pu en être les ambiguïtés, programme il y avait, malgré tout. Le truc, c'est qu'à aucun moment la candidate n'a vraiment donné l'impression d'avancer grâce à ce qu'il pouvait contenir. On peut être une bonne conductrice et disposer d'une voiture avec une motorisation correcte: sans embrayage, les accélérations font beaucoup de bruit mais ne mènent le véhicule nulle part.
Campagne ratée et "crise de leadership" qui en découle, certes. Peut-on pour autant parler comme on le fait ces jours-ci de "défaite idéologique"? C'est à mon avis faire grand cas de la pensée Sarkozienne que de la qualifier d"'idéologie". Je n'y vois qu'un salmigondis de pulsions libérales et d'élans Colbertistes, le tout mâtiné de moralisme et d'autoritarisme. Sans oublier le "coup de menton" bien franchouillard. Mais ce fatras bourré de contradictions est communiqué avec talent, et çà marche.
"Idéologie" ou pas, le système Sarkozien est là, et bien là: je ne suis pas le dernier à ricaner de cette "hyperprésidence" (voir article précédent), mais cette mécanique est trop bien huilée, le ridicule ne la tuera pas. Cela ne doit pas nous empêcher de montrer du doigt l'avalanche d'impostures que ce président et ses faire-valoir nous donnent à voir quotidiennement. Mais en parallèle doit se construire une alternative, et on en vient tout naturellement à une autre tarte à la crème du moment: la "rénovation" du PS.
Rénovons, donc. Disons-le tout de suite: çà va être dur, tant s'entrechoquent la satellisation de l'une ("ce mouvement ne doit pas s'arrêter, je suis prête"), le formalisme de l'autre ("on en reparle lors du congrès de 2008") et les ambitions à peine dissimulées de tout le monde. En admettant cependant que les problèmes de casting soient secondaires (ahem!), voici quelques pistes de clarification du "logiciel" qu'il me semblerait judicieux de creuser:
  • L' "Entreprise" avec un grand "E", c'est comme "le Salarié", "la Ville", "la Campagne", çà n'existe pas. Il y a des entreprises, des salariés. Rénover le PS, c'est affirmer une fois pour toutes que l'économie de marché est le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres, et que ceux qui rêvent de "rupture avec le capitalisme" n'ont rien à y foutre. Mais que si le profit est un des moteurs de l'économie, il n'est pas le seul et n'en est certainement pas la finalité. Rénover le PS, ce n'est pas vouloir "réconcilier les français avec l'Entreprise", c'est tout d'abord vouloir que les entreprises soient "réconciliées" avec l'intérêt commun, par la négociation si possible, par la régulation si nécessaire
  • La dépense publique n'est pas un gros mot, mais le gâchis du bien commun est un désastre. Rénover le PS, c'est lui faire tenir un discours clair par rapport aux bataillons syndicalisés des grands services publics: le maintien des "moyens" et des "effectifs" tout en assurant des rémunérations et des évolutions de carrières décentes passe par une remise à plat des pratiques et des organisations du travail lorsque celles-ci ne remplissent pas leurs missions
  • L'Europe fut naguère une belle idée, ce n'est pas pour rien que Gaullistes et Communistes s'y opposèrent. Désormais cependant il s'agit d'un "machin" à vingt-sept pays dont l'obsession explicite - et le plus petit commun dénominateur - est la dérégulation sociale et financière au nom d'une "concurrence libre et non-faussée", aspiration aussi bénéfique et réaliste que la "société sans classe". Rénover le PS, ça consisterait à ce qu'il prône ouvertement une "Europe à deux vitesses" - les nations souhaitant renforcer leur intégration politique, et les autres. Rénover le PS, ça consisterait à attaquer de facon frontale le soubassement idéologique dérégulateur, avec l'aide du SPD, du PSOE, etc...
  • L'abstention aux législatives le prouve: la crise de la représentation perdure. Rénover le PS, c'est en faire l'adversaire du cumul des mandats, n'en déplaise à quelques caciques députés-maires-conseillers généraux-présidents-de-communautés-de-communes

Bon, je vais m'arrêter là pour l'instant. On pourrait aussi parler d'écologie, de politique étrangère... Les sujets ne manquent pas, qui permettraient de voir au delà de l'écran de fumée Sarkozien, et de se sentir mieux.

Encore faudrait-il que cesse au plus vite la valse des pantins qui ne souhaitent rénover que leur carrière. Et là, c'est pas gagné.

A bientôt

2 commentaires:

Erasme de metz a dit…

La terre du milieu a été sauvée par de petits êtres anodins (en apparence) ... à méditer.

Continue sur les autres sujets de réflexion, j'adhère aux premiers ...

PS: le logiciel, ça doit être du microsoft vu le bazar !

jeanne a dit…

Intéressant, bien dit..
à relire, à faire connaître.

J'aimerai savoir pourquoi, dans les "discours" adressés au "peuple" souvent les porte paroles, leaders parfois auto- proclamés, disent "les français pensent que" "les français me demandent " ... celui ou celle qui parle n'en fait pas partie ?
Je crois que pour que "cesse la valse des pantins" il est important de démonter la mécanique du marketing électoral.
Qu'est ce qui fait ces rassemblement moutonneux, applaudissant sur commande, sans questions critiques ? Si nous allumions nos cerveaux pour laisser le moins de place possible aux discours démagogiques, et aux résultats de sondage plus ou moins "bidons" (commandés par qui, à quel moment, dans quelles circonstances, quelles questions sont posées, répétés par qui -sans aller aux sources-)
Effectivement, comment fonctionne réellement la "valse des pantins" ? De quelle exigence citoyenne sommes nous réellement capables ?
Y a du boulot, et ça vaut la peine...