samedi 24 mars 2007

Gesticulations patriotardes

Le premier tour de l'Election Présidentielle s'approche à grands pas, et la bonne nouvelle c'est que plus personne de sensé ne se risque à pronostiquer quoi que ce soit. Les constats selon lesquels les sondages ne sont prédictifs de rien d'une part, et qu'ils ne reflètent que de façon distordue l'état de l'opinion d'autre part semblent de plus en plus devenir d'évidence. Dans l'ensemble, l'ambiance "course de petits chevaux" a tendance à s'estomper, et c'est une bonne chose.
Plus inquiétant est le récent tintouin autour de la question de l'identité nationale. Sarkozy s'est toujours vanté - avec raison, il faut le reconnaître - de créer le débat autour de ses idées: discrimination positive, immigration choisie, etc... Encore une fois, c'est réussi: Ségolène Royal entonne le grand air de "ne laissons pas la Nation aux nationalistes" et conclut son meeting de Marseille par une "marseillaise" (dommage qu'elle ne fasse pas de meeting à Java, ça nous aurait permis d'entendre du Gainsbourg). Dans la même veine, elle exalte la figure de Jeanne d'Arc. Jeanne d'Arc, si si.
Moi je lui trouve plein de qualités, à Ségolène Royal, mais des fois je me demande si avant de lancer une idée elle ne se dit pas: "Qu'est-ce que je pourrais bien dire qui fasse réac, ce coup-là?". Jeanne d'Arc! Et pourquoi pas Bernadette Soubirous, tant qu'on y est? Non mais franchement: si c'est la réponse de la Gauche aux cul-culteries bleu-blanc-rouge du moment, on n'est pas sortis des ronces!
S'il s'agit d'évoquer une icône féminine qui personnifierait une "identité nationale" alternative à celle de Le Pen, alors parlons de Louise Michel, par exemple. Mais pas de cette guerrière illluminée entourée de soudards comme Gilles de Rais qui, grâce aux excellentes relations de l'Etat Francais avec celui du Vatican, s'est retrouvée canonisée. ("Je suis en Sainte", dit la Pucelle). Est-ce un hasard si Jeanne d'Arc a été célébrée par le régime de Pétain, et si depuis Le Pen nous la ressort chaque année?
Catholicisme niais (les voix), idée d'une "nation" qu'il faut "relever", mythe du peuple (la bergère) dépositaire d'une conscience de la nation que les "grands" (l'entourage de Charles VII) ont perdue, éloge de la guerre, haine de l'étranger, et, pour couronner le tout, la chasteté (pas de ramoneur pour la bergère - désolé j'ai pas pu m'empêcher) et la mort de la main de "traîtres" ("Vous ne m'avez pas crue, vous m'aurez cuite"): tout y est pour nourrir la Droite Ratapoil et ses fantasmes. Alors ce personnage-là, pas de problème, on peut le laisser aux nationalistes. Que Le Pen fasse défiler chaque année une gamine en armure sur un cheval me laisse d'une froideur de marbre. Désolé pour les Orléanais démocrates et anti-racistes mais qu'il se la garde, sa Hezbollahi carbonisée.
Mais la question n'est pas là. Ce qui m'inquiète, c'est qu'on est en train de nous faire avec l'identité nationale le coup de l'insécurité en 2002: les "grands" candidats s'attaquent à une thématique que Le Pen s'est depuis longtemps appropriée et s'accusent mutuellement d'incompétence, voire d'illégitimité en la matière. Résultat des courses: une bonne partie des électeurs peut se dire que si c'est un thème si important, alors autant choisir celui qui nous l'a toujours dit plutôt que ceux qui ne s'en rendent compte qu'aujourd'hui.
Parce qu'on aura beau asséner que l'identité nationale c'est la république, la laïcité, les droits de l'homme, tout ça, on n'empêchera pas un nombre significatif d'électeurs de trouver ça un peu abstrait, et d'y préférer une définition plus concrète du genre: blanc, pas musulman et parlant le Français sans accent.
Ces gesticulations autour d'une "identité" - que même un historien comme Pierre Nora n'arrive pas à vraiment cerner en quatre colonnes dans "Le Monde" (17/03/07) - me fatiguent et m'inquiètent. Ségolène Royal n'a pas à s'excuser d'être de Gauche en s'appropriant toutes les crétineries patriotardes dont le rôle historique a principalement été d'entraîner le bon peuple à l'abattoir, la fleur au fusil et la bonne conscience en bandoulière. Qu'il crève, Déroulède, d'ailleurs c'est déjà fait depuis longtemps, et Le Pen n'a pas besoin de ce coup de pouce.
Çà fait rien, je voterai quand même pour elle le 22 avril. Face à Sarko l'excité Bushiste et Bayrou l'improbable, ce choix se rapproche ces jours-ci d'un choix par défaut. Mais un choix quand même.
A bientôt

5 commentaires:

erasme de metz a dit…

Pour essayer de te remonter la côte Ségo :-)

1) elle a cité Louise Michel, qui était très attachée à la Marseillaise pour ce qu'elle représente (la lutte contre les oppressions...)

2) le coup du drapeau et de l'identité nationale, c'est finalement assez important si on se met d'accord sur les définitions. Il est clair que nos chers compatriotes sont passablement déboussolés et se replient sur une identité nationale rabougrie. Autant rappeler que nos symboles nationaux étaient et doivent redevenir des symboles d'ouverture et de conquètes (sociales!!). Personnellement je suis convertis aux drapeau grâce aux danois: des drapeaux partout et une ouverture, une solidarité, une égalité dont nous devrions prendre de la graine ...tout ça parce qu'ils ont positivement confiance en eux

Bonne journée

Riwal a dit…

Salut Erasme,

Pour être honnète, j'avais bien capté que SR avait cité Louise Michel... Le problème, c'est que les médias n'ont retenu que Jeanne d'Arc. Et moi, Jeanne d'Arc, au mieux, ca me fait ricaner. Par ailleurs, ayant été élevé en Breton (à Paris, si si) et gavé de nationalisme breton toute ma plus tendre enfance, c'est plus fort que moi: si un drapeau me fait un poil vibrer, c'est le gwenn-ha-du (en haut à gauche du blog). A l'heure de l'Europe, l'idée d'une frontière supplémentaire sur le continent, quelque part entre "Fougères et Clisson" me paraît dépassée. Tout au moins ai-je été immunisé contre le bleu-blanc-rouge et la "Marseillaise". Au passage, ce "chant contre l'oppression" a mis l'Europe à feu et à sang, et a couvert de ses strophes "libératrices" la colonisation, les offensives Nivelle en 17, j'en passe et des meilleures.
Alors je comprends qu'une candidate à la Présidentielle se fende d'une exaltation des symboles nationaux mais deux remarques, cependant:
- Gaffe au fait que ces symboles ont plus de chances d'être compris dans leur sens historique le plus fréquent (arrogance et conquête.. territoriale, mépris de l'autre, du "boche" au "bougnoule")que dans leur noble, belle, mais abstraite interprétation contemporaine
- Je ne peux pas forcer ma nature et me mettre à trouver exaltant ce qui m'exaspère: tant pis pour moi, sur ce coup-là je me désolidarise, dussé-je me retrouver seul avec quelques anars!

Merci de ton assiduité quoiqu'il en soit!

erasme de metz a dit…

Pas de problème (et pas faux!!) et en plus cela fait parti de l'identité française (j'ai un arrière grand père anar parisien et un arrière arrière grand père communard) :-)
Mais pus j'y pense pus cela me semble infernal de vouloir mettre d'accord ne serait-ce que 50% des électeurs !!!

Martine a dit…

Enfin, tu t'aperçois qu'elle est stupide et surtout prête à toutes les compromissions pour se rallier des électeurs.Moi face à une gauche de ce genre, je préfère le centre qui dénonce l'engrenage patriotique.Le sentiment d'être français c'est ni un drapeau ni un hymne,c'est savoir dire non quand on veut nous forcer à choisir entre le pire et le mal.Et puis c'est pas idiot de sa part de se comparer à Jeanne d'Arc parce qu'elle a un peu une tête d'illuminée, c'est d'ailleurs ce qui me fait peur depuis le début avec elle.

Riwal a dit…

Quant a moi je prefere une Gauche social-democrate - fut-elle portee par une personnalite qui de temps en temps me porte sur les nerfs - a un truc qui s'auto-proclame "Centre" et qui n'est rien d'autre que le dernier avatar de la Droite Orleaniste. Ce n'est pas parce que Sarkozy est une caricature sur deux pattes qu'il faut se jeter dans les bras du premier cameleon venu. Bayrou est sans doute respectable, mais pour moi il n'y a que deux expressions averees historiquement du "ni droite ni gauche": la Droite extreme et la Droite complexee, genre Giscard avec ses "deux francais sur trois". Bayrou appartient a la seconde categorie, rien de nouveau sous le soleil.